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critique, dont on ne contestera pas les facultés d'artiste, ni même celles de penseur, puisqu'un maître de la pensée moderne, Hipp. Taine, trouvait dans l'œuvre de Sainte-Beuve des « vues générales sur la nature et la condition de l'homme (1) » ? La raison en est que Sainte-Beuve et les nombreux disciples qui relèvent de lui ont cru que la critique scientifique n'était possible qu'au prix de l'observation et de l'analyse, et qu'il fallait transporter dans l'histoire littéraire les procédés de l'histoire naturelle : or, l'inédit, c'est le phénomène nouveau que révèle une recherche attentive, ou même le hasard: et si dans la science la découverte ne commence à proprement parler qu'avec « l'idée neuve qui surgi! à propos d'un fait (2) », il n'en esl pas moins juste de prétendre que l'inédit, ou le fait nouveau, est comme le substra-
(1) Derniers Essais de critique el d'histoire, p. 55.
(2) Cl. Bernard, Introd, à V étude de la médecine expérimentale, t. II, p. 7, 1865.
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tum de Vidée, qui ne peut naître qu'à son propos.
L'inédit, en critique, ne donne ni le goût ni le jugement : on pourrait avoir compulsé tous les manuscrits d'un écrivain, la série de ses diverses correspondances, le fouillis de ses papiers les plus intimes, sans être capable de fixer pour la postérité l'image nette de son talent.
Et pourtant, le critique doit se munir, dans la mesure du possible, de tout ce bagage d'inédit ; Yhistoire naturelle des esprits, ou, si l'on aime mieux, la philosophie de la littérature, a pour auxiliaire indispensable l'érudition ; les chercheurs n'aspirent qu'au rôle elîacé de préparer les matériaux du monument durable que les penseurs saurontédifier; mais les uns et les autres, les ouvriers comme les architectes, ont leur utilité pour l'ensemble de l'œuvre : la critique scientifique est née de leur collaboration.
On nous saura peut-<Mre quoique gré d'of-
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frir au public des lettres inédites de Sainte- Beuve (1).
Nous y avons joint une longue introduction pour essayer de mettre un lien entre elles, de les rattacher à un centre commun, de les grouper dans des chapitres différents autour d'une question particulière. Il nous a semblé, à tort ou à raison, que cette vue d'ensemble aiderait à mieux saisir l'intérêt de cette publication.
Est-il nécessaire de « faire valoir notre marchandise » ? Alors que les héritiers de Sainte-Beuve n'avaient pas encore recueilli sa correspondance, un bon juge en la matière, M. J. Levallois, en signalait, déjà la
(1) Lé plus grand nombre de ces lettres a élé découvert dans une maison de campagne, nommée Pavillon Saint- Nicolas, à Saint-Rambert-l'Ile-Barbe, près Lyon ; elles ne représentent qu'une petite partie de celles qui furent adressées par l'illustre critique à un modeste érudit lyonnais, F.-Z-*1 Collombet, dont nous retraçons la carrière Laborieuse dans notre ouvrage intitule : Le Romantisme à Lyon ; F.-Z. Collorrtbet% (Storck, Lyon). Nous avons accru notre; collection à la suite de recherches dans les bibliothèques particulières de Lyon et d'ailleurs.
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valeur: « Sainte-Beuve, disait-il, ne soigna il pas ses lettres à la façon de Paul-Louis Courier, mais il ne se restreignait pas au billet banal, emphatiquement et vaguement louangeur, dont se montrent trop prodigues quelques-uns de nos plus illustres écrivains, à ce que l'on peut appeler le billet grand homme. L'auteur des Causeries n'aimait pas à écrire des riens. Pour qu'il se décidât à quitter le travail et à correspondre, il fallait que le motif lui parût pressant, la cause suffisamment sérieuse (1). »
Les trois volumes de Lettres de Sainte-Beuve qu'on a publiés jusqu'ici {Correspondance 2 vol., iïffli Nouvelle Correspondance, 1 vol., 1880) ont confirmé cette appréciation : sans doute on y trouve des billets griffonnés à la hâte, des réponses banales, tout ce bagage de lettres insignifiantes auxquelles la vie de société oblige chacun de nous, et surtout celui
i Sainte-Beuve, par J. Levallois, 1872, p. 190.