LETTRE XXIV
A Mpnrioii, ao janvier i^SrrT
J'ai eu cinquante relations , Madame , de cette abominable entreprise d'un monstre qui heureusement n'était qu'un insensé. Si l'excès de son crime ne lui avait pas ôté l'usage de la raison , il n'aurait pas imaginé qu'on pou-r vait tuer un roi avec un méchant petit canif à tailler des plumes. Ce qu'il y a de plus frappant , c'est que ce bâtard de Ravaillac avait trente louis d'or en poche. Ravaillac n'était pas si riche. Vous savez qu'il avait été laquais chez je ne sais quel homme de robe nommé Maridor , et que son frère servait ac-^ tuellement chez un conseiller des enquêtes.
Ce conseiller a dénoncé ce frère de l'assassin^, çt ce frère est probablement très - innocent. Le monstre est un chien qui aura entendu ^ aboyer quelques chiens des enquêtes , et qui aura pris la l'âge. C'est ainsi que le fanatisme eçt fait. A peine le roi a-t-îl été blessé. Ceti^
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abominable aventure n'aura servi qu^à le rendre plus cher à la nation ^ et pourra apaiser toutes les querelles. C'est un grand bien qui sera produit par un grand crime.
Fontenelle est mort à cent ans. Je vous souhaite une vie encore plus Jongue.
Je passe mon hiver à Monrion près de Lausanne. Cela me fait retrouver mes délices beaucoup plus délices au printems. Où pourrais- je^ être mieux que dans le repos , la liberté et l'abondance ?