‹ Lettres inédites de Voltaire adressées a Madame la Comtesse de LutzelbourgChapitre 42 sur 60 · LETTRE XLII · texte numérisé non relu

LETTRE XLII

Aux Délices, 3 féyrier 1759.

C o M M E N T va votre samé , Madame ? Com«i ment vous trouvez -vous du plus doux des hivers ? Connaissez -vous milord Maréchal , ancien conjuré anglais , ancien réfugié en Espagne , aujourd'hui gauvernelir ad honores de la petite principauté de Neiifchâtel ? Il pass^ hier par Genève pour aller, de la part du roi son maître Prussien , allumer , s'il le peut , quelques flaixibeaux de la discorde dans l'Italie. S'il ne sert que suivant l'argent que son maître lui donne , il fera une besogne bien médiocre. Les nouvellistes du pays que j'habite , qui ont des correspondances dans toute l'Europe , *disent toujours que la conspiration du Portugal n'est que la suite des amours du roi et de la jalojasié d'un homme du vieux tems qui a trouvé mauvais d'être C . . • . Vous voyez , Mesdames , que «depuis Hélèae vous êtes la cause des plus

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grands événemens ; mais les jésuites tous dis- * pùtent voire gloire. Us se sont mêlés de cette affaire qui ne les regardait pas. De quoi s'avi* . sènt-ils d'entrer dans la vengeance de la mort d'une femme? Us disent pour raison qu'ils étaient depuis long-tems en possession d'assassiner , et qu'ils n'ont pas voulu laisser perdre leurs privilèges. La mort prochaine du roi d'Espagne^ les attentats contre les têtes couronnées , les amis du roi de Suède mourant par la main du bourreau , l'Allemagne nageant dans le sang , forment uû tableau horrible. Cependant on ne songe à rien de tout cela dans Paris. On y est toujours auisifou qu'auparavant , toujours se plaignant , toujours riant, toujours criant misère , et plongé dans le luxe j et moi , Madame , toujours vous aimant avec le plus tendre respect.

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