LETTRE LV
Àu château de Ferney , pays de Gex en Bourgogne ^ lô mars 1761.
Pour Dieu , Madame , envoyez -moi le portrait de madame de Pompadour ; j'aimerais mieux avoir le vôtre , mais vous ne voulez pas vous faire peindre ; il faut faire quelque chose pour ses amis , Madame. Si vou$ n'avez pas de copiste à Strasbourg , osez me confier Toriginal. J'ai de la probité , je suis exact , je ne le garderai pas quinze jours.
Faites-moi cette petite faveur; je vous en conjure.
Où est actuellement monsieur votre fils ? Je plains ses cbevauX) quelque part qu'il soit , car je crois les retraites promptes et les fourrages rares. Il est plaisant d'avoir dépensé cinq oa six cent millions pour quelques voyages dans la Hesse en quatre ans. On aurait fait le tour
(*) D'une main étrangère*
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du monde à meilleur marche. Je n'ai d'autre nouvelle dans mon enceinte de montagnes ^ sinon qu'on ne me paye point.
Avez-vous actuellement , Madame , auprès de vous votre fidèle compagne ? Vous portez-vous bien ? Etes-^vous contente ? Je rencontrai hier dans mon chemin un borgne y et je me réjouis d'avoir encore deux yeux* Je rencontrai ensuite un homme qui n'avait qu'une jambe , et je me félicitai d'en avoii* deux , toutes mauvaises qu'elles sont. Quand on a passé un cei^iain âge , il n*y a guère que cette façôn-là d'être heureux ; cela n'est pas bien brillant , mais c'est toujours une petite «onsolation. Un beau soleil est encore un grand plaisir; mais il me semble que vous n'avez jàmaîs chaud sur vos bords du Bhin. N'avez-vori^ pas fait embellir et peigner votre jardin ? Autre ressource qui n'est pas à négliger. Je vous avertis , Madame , que j'ai fait les plus beaux potagers du royaume j vous ne vous en souciez guère'. Puissiezvous avoir le goût de cet amusement ! Mais on ne se donne rîeiï. Si vous n'êtes pas née Jardinière , vous nxe le serez jamais.
bË VOLTAIILX. ^ 109