‹ Lettres inédites de Voltaire adressées a Madame la Comtesse de LutzelbourgChapitre 57 sur 60 · LETTRE LX · texte numérisé non relu

LETTRE LX

, Fcrney , 5 avril 1 762.

Comme monsieur votre fils , Madame, n'avait servi ni sous César ni sous Auguste , il ne faut pas d'épitaphe latine. C'est une pédanterie ridicule. Il faut pour un Français une épitapbe française , d'autant plus que les Romains n'ayant point dans leurs armées de grades qui Mpondcnt précisément aux nôtres , il est impossible, en ce cas , d'exprimer ce qu'on veut dire. 11 est d'ailleurs de l'honneur de la langue française qu'on l'emploie dans les monumens. Elle est entendue plus généralement que la latine. Je suis fâché , Madame , de vous parler d'une chose qui renouvelle vos douleurs ; mais aussi c'est une consolation que vous vous donnez et que je me donne à moi-même. Sans une occupation qui me tiendra ici une année entière , je viendrais pleurer avec vous. On ne m'a rien mandé d«

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]'œil de madame de Pompadour , ni des deux de M. d'Argensop. Je les plains l'un et l'autre; mais je suis oblige de plaindre M. d'Arget^ou au double. A4ieu , Madame. ; conservez vos.

yeux. Ni vous ni moi ne portons encore de lunettes. Remercions la nature. Mille tei\-r dres yespects.

Ï.ETTRE LXI (*).

^ux Délices , i3 auguste 1763.

Ma santé , Madame , ne* me permet guère d'écrire ; je suis réduît à dicter , et à me plaindre de ne pouvoir jouir de la consolation de vous voir. On passe 3oh tems à former des projets , et on n'en exécute guère. L'épitaphe latine quç vous m'avQz envoyée est pleine de solécismes , mais il n'y a pas grand mal ; on dira seulement que le prêtre allemand qui Ta composée ne savait pas le latin ; ce petit inconvénient n'est pas à considérer dans une si grande perte. Je risque madame votre bellefille aggrave encoi*e vos douleurs ; c'est une peine de plus que je partage avec vous. Je me flatte du moins que vous n'aurez pas de procès y ce serait éprouver à la fois de trop grands chagrins.

(*) P'ançmaîn étrangère.

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Vous sayez qu'on parle beaucoup de paix.

Plût à Dieu qu'on n'eut jamais fait cette guerre qui vous a été si funeste ! Les nouvelles de Russie ont bien dû vous étonner , Madame ; peut-être mettront-elles des obstacles à cette paix tant désirée. Je vois de bien loin toutes ces révolutions dans mon heureuse retraite.

J'y serais encore plus heureux , si Ferney n'était pas à cent lieues de l'Ile Jard. Je regret-^ terai toujours les charmes de votre com^ merce ; je m'intéresserai toujours tendrement à votre conservation et à trotre bonheur.

Conserves -moi des bontés qui font ma plus chère consolation.

(De la main de Voltaire. )

Recevez les tendres respects de

DE yOLTAIRI. lai

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