‹ Lettres inédites de Voltaire adressées a Madame la Comtesse de LutzelbourgChapitre 7 sur 60 · XVI DISCOURS · texte numérisé non relu

XVI DISCOURS

et il est difficile de parler; sobrement deFunetde Tautre. Voilà peut-être notre excuse à cet égard. Aurons-^nous besoin de solliciter aussi quelque in^ clulgence^ en retraçant en peu de/môts répôque mémorable à laquelle se rat'^ tache cette correspondance? .

^ Une conte&tàtion au sujet; de quel- (^ues arpens de terre dans rAmérique septentrionale^ alluma un long embra*^ sèment en i^SS. Avant toute. déclara-' tion de guerre , trois cents nâfvirei»

français , trois vaisseaux, du itoi , six niille officiers de marine ou niAtdbts ^ et qtiinyze cebts soldats^ tombère^ntaffieo étonnement dans les filets des Anglais,.

Le ministère n'opposait à cette agression ; iperfide que Ws lenteuri ^ . d*uxie fknèse prudence > et méme^peiidant quelque tems ^ Tincrédulité la plosidéj^astreus^^ pour nepas diri@: lai plus ooupiible<. Cette n:i^me année , Lis-, boime fut pi^es^e entierenlétit . ren*.

versée et déti^uite, e* plus»de trente

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mille de ses habitans furent engloutis par un tremblement de terre , le i.®' novembre.

Cependant la perfidie des Anglais rendit enfin quelque vigueur à notre gouvernement., On saisit tous les navires de cette nation qui se trouvaient dans nos ports; on encouragea la course; an pourvut à la sûreté des Colonies. Le traité signé à Versailles le 2 mai ^ avec l'Autriche , reporta en Angleterre les alarmes qu'elle nous avait d'abord inspirées. La marquise de Pompadour , qui, pour se donner en quelque sorte le droit de traiter d'amie l'impératrice Marie-Thérèse , et pour se venger de quelques propos du roi de Prusse , avait fait conclure cette alliance , voulut en éterniser la mé- ' moire par un chef - d'œuvre de gravure. C'était un camée d'agate-onyx , d'un travail admirable , qu'elle plaça dans son cabinet, et qu'elle montrait avec complaisance aux étrangers trop

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enclins d'eux-mêmes à se rappeler nos malheurs : frivole monument d'un siècle /encore plus frivole, et d'une guerre où nous devions perdre nos vaisseaux, nos soldats et nos Colonies.

Après plusieurs feintes expéditions , après des armeméns commencés ^ sus* pendus et repris à Toulon , le maréchal de Bichelieù débarque le 17 avril

avec douze mille hommes à File de

Minorque. I^'amiral Byng, chargé de secourir File , est battu par M. de la Galissonnière , et ne retourne en An-gleterre que pour y être fusillé à bord de son vaisseau amiral ; le fort Saiikt*- Philîppe , défense principale de File , attaqué avec une audace toute £ran* çaise, capitule bientôt

Tandis qu'on prenait File de Mi^ norque , des Indiens soulevés et conduits par Fheureux Bussy , enlevaient des places aui Anglais , et causaient k leur commerce du Gange des pertes

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considérables ; des succès illustraient aussi nos armes dai)s le Canada. Mais déjà les discordes qui régnaient dans notre marine, sous un ministère faible, annonçaient que le tems des triomphes était passé pour elle. Des traîtres af-* fectaient de trouver la sentence contre l'amiral Byng trop rigoureuse , parce qu'ils sentaient le besoin de justifier bientôt pour eux-mêmes d'infâmes dé* fections ; des officiers de marine , bra-^ ves et habiles d^ailleurs , n'appréciaient leur propre honneur et celui du pavillon, que suivant la naissance et le nom de leurs chefs.

£b attendant les effets du traité de Versailles, trois puissances, Marie- Thérèse , Elisabeth de Russie et Au-* guste III , électeur de Saxe et roi de Pologne , tombaient sur Frédéric II , seul contre tous, mais aussi le seul prince de l'Europe qui eut un trésor , et qui eut établi dans ses armées une vraie discipline.

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Frédéric marche d'abord dans la Saxe^ surprend Leipsick , et se présente sous les murs de Dresde. Auguste se retire devant lui comme son père se retira devant Charles XII ; il quitte sa capitale, et va occuper le camp de Pirna , sur le chemin de la Bohême et sur la rive de l'Elbe. Frédéric entre dans Dresde. Le Conseil aulique de l'Empereur le déclare perturbateur de la paix publique et rebelle. Pour toute réponse , il gagne la bataille de Lovositz contre l'armée autrichienne , et vient bloquer les Saxons dans le camp même de Pirna. Les Autrichiens ne peuvent secourir leurs alliés y qui se rendent .prisonniers au nombre de treize à quatorze mille hommes^ sept jours après la bataille.

Si y d'un côté, la France secourait l'Autriche pour lui. rendre cette même Silésie quelle avait contribué à lui enlever, de l'autre , l'Angleterre s'alliait avec la Prusse contre Marie-Thé-

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rèse ^ dont elle avait auparavant défendu la cause.

Tandis que lesr Russes marchaient contre Frédéric y à travers la Pologne , le duc d'Estrées conduisait les Français dans le Hanovre ^ mal défendu par un rassemblement d'Hessois , d'Anglais et d'Hanovriens , ayant à leur tête ce même duc de Cumberland qui avait attaqué . Louis XV à Fontenoy. D'Ëstrées le poursuit pas à pas y l'atteint vers Hastembeck ^ lui livre bataille , et remporte une victoire complète, tandis que, par suite, d'intrigues de coùi: y le courrier porteur de son rappel était en route. Frédéric , menacé de tout côté^ g^gi^^ ^^^ bataille sanglante auprès de Prague sur le prince Charles de Lorraine , frère de l'Empereur , et sur le général Brown ; mais il ne peut se rendre maître de la ville , et perd la bataille de Kolin contre le maréchal Daun qui était venu dégager le prince Charles*

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Cependant le maréchal de Richelieu, qui avait remplacé le maréchal d'Estrées sur les bords de FElbe, réduisait à capituler le duc de Cumber»

land, dont il aurait pu anéantir l'armée. Ni la cour de France , ni la cour de Londres , ne ratifièrent cette capitvilation; elle ne servit qu'à faire gagner du tems aux Anglais. Pendant que le maréchal de Richelieu restait dans rinertie contre nos ennemis , et dépouillait le Hanovre pour en augmenter le nombre , le maréchal prince de Soubise s'avançait vers la Saxe , uni aux troupes de l'Empire ; les Russes remportaient des avantages sur les Prussiens, et les troupes de Marie- Thérèse leur enlevaient Schweidnits et Breslaw, dans la Silésie. Frédéric était mis au ban de l'Empire : dans cette extrémité , il fit une sorte de testament philosophique en vers français ; et n'écoutant plus que son désespoir, il résolut de se faire tuer dans les rangs

Googk

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(Fuiie armée française. Cependant ^ ne voulant rien laisser au hasard de tout ce qu'il pouvait encore lui enlever , il prit une position savante devant les armées du prince de Soubise et.de rEmpire. Le prince n'était pas d'avis d'attaquer ; le général des Cercleis était d'un avis contraire. Ce dernier avis prévalut^ et la déroute sans esiemple de Rosback suivit cette attaque impru* dente à laquelle les Français n'avaient pu se refuser 7 n'étant qu'auxiliaires.

Sans là bataille de Lissa ^ gagnée ua moia après par ce même Frédéric ^ quatre cents lieues ploa loin^ sur les Autrichiens ^ les. lauriers de Rosback eussent à peine retardé sa perte. Ces^ avantages mêmes ne purent ennpécher les Russes d'entrer dans Betlin , qtie les Autrichiens^ dès, le commencement de cette guerse y avaient déjà, mis à contribution..

Cependant , malgré lewt déroute à Rosbac^k ^ malgré leurs échecs à

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-il Crevelt et à Minden , les Françak ne, quittaient' pas l'Allemagne. Mal*-^ heureux y mais toujours braves , ils s'obstinaient à lutter contre le génie de Frédéric, l'inexpérience de quelques-uns de leurs généraux , et l'esprit d'intrigue qui les plaçait ou qui les animait tous*

Frédéric, aussi valeureux , mais plus habile, après tant de victoires, en avait presque perdu tout le fruit. Ses trésors étaient dissipés, ses troupes moissonnées ; il était réduit, en 1762 , à se tenir retranché sous Breslaw , lorsque la mort d'Elisabeth, impératrice de Russie , vint changer la face des affairés. Pierre III , successeur de cette princesse , admirateur passionné de Frédéric et de sa tactique , fit la paix avec lui, et le secourut, ne sa* . chant point l'imîter.

Bien que la fin tragique et trop bien connue aujourd'hui de l'époux de Catherine II eut privé bientôt Frédéric

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d'un utile prosélyte ^ ce prince Voyait enfin se calmer la tempête qui tant de fois avait été sur le point de le sub-> merger. Toutes les puissances belligérantes désiraient la paix; TAngletetre et la Prusse , pour jouir de leurs victoires; l'Autriche, la France et TEs^ pagne ^ ,pour réparer leurs, pertes.

Entrée depuis peu en communauté de désastres , l'Espagne avait, vu l'accumulation rapide de ses pertes la punir, en quelque sorte, d'avoir été trop long-tems spectatrice indifférente des malheurs de la France.

Si nos yeux, pour échapper au spectacle de ces combats , la plupart sans nom dans l'histoire , se portent vers ces contrées lointaines y oii la valeur et les sciences de l'Eur rope doivent faire absoudre son ambition , que voyons-nous ? De grands succès dans l'Inde suivis de revers bien plus grands encore; une compagnie de commerce transformée en

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société de guerriers conquérans ; le ^auvemeur de cette compagnie se faisant nommer yice*roi dans une partie de la presqu'île^ et menaçant déjà l'empire du Mogol ^ dont ses alliés in^ diens lui promettaient la conquête ; une alliance honteuse avec les crimes du perfide Ghandasaêb dont nous fîmes par nos secours un lâche usurpateur; d'immenses richesses voiturées en France 9 et pai^aissant le produit du commerce le plus étendu ; Faspect 'de ces richesses faisant naître autant d illusions que les promesses naguère si fatales à la société de Mississipi y illusions qui devaient être suivies d'un réveil presque aussi désastreux.

]Lie moment de ce réveil n'arriva que trop tôt. Le bonheur de Dupleix s'évanouit devant les combinaisons anglaises confiées an génie du général Glive , et vaincu sous les remparts de la capitale du Maduré^ on vit bientôt cet homme ^ qui fut sou^

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verain dans Flnde^ et dont la femme était qualifiée de Reine, rejeté dans sa patrie par une suite de disgrâces^ et réduit à solliciter , dans rantîcham* bre de ses juges , la conservation d'un faible débris de fortune , disputé à sa vieillesse par les ennemis que ses malheurs lui avaient donnés. Moins ambitieux et plus habile peut-être, Labourdonnaie, dont il avait causé la perte , l'attendait en France , où leur destinée commune devait les faire mourir dans l'abandon et la douleur.

A Dupleix, dont les témérités avaient laissé dans l'Inde de longues traces de bouleversement et de confusion, succéda un gouvernement paisible, qui cependant ûe réussit point à calmer l'effervescence ; et pour rétabli^ les affaires dans cette partie du monde, on choisit enfin IfBS deux hommes les plus N capables de les ruiner de fond en comble : une escadre commandée par M. d'Aché, des troupes sous les or-

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dves de M. de Lally^ devaient^ par Ist réunion de leurs moyens y arrêter le torrent de l'us^urpatloii anglaise. Le premier fit tout manquer par ses irrésolutions et par sa faiblesse ; le seeond^ brave , mais emporté , perdit la Colonie^ et se perdit lui-même par ses violences. S'il eût été pusillanime ^ la Colonie eut succombé avec moins de gloire y mais le général n'eût pas porté /Sur l'échafaud une tête qui avait affronté tant de périls.

La même valeur, des actions d'éclat^ signalèrent l'époque oii nous perdîmes sans retour le Canada y qu'oli appelait alors la Nouvelle France. Les efforts du général Montcalm , dont la mort glorieuse excita de vifs re]grets ; la résistance inouïe de Louisbourg, mal fortifié , mal approvisionné , mais défendu par des Français qui osèrent croire qu'une extrême bravoure fait pardonner quelquefois des disgrâces non méritées ; l'attachement que les

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