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a tant de talents, il est si aimable que je veux qu'il ait grande opinion de moi.
C'est mon excessif orgueil qui vous attire mon importunité. Pardonnez à la faiblesse liumaine, et recevez avec votre bonté ordinaire les sentiments de la reconnaissance et du profond respect avec lequel je serai toute ma vie, madame, votre trèsliumble, très-obéissant et très-obligé serviteur.
Voltaire.
Nota. Peu de jours avant d'écrire d'une manière si pressante en faveur Je M. Constant', Voltaire se défendait de recommander M. Lamotte de Geffrard, lieutenant-colonel, qui venait d être mis à la réforme. Voici la dttfalte polie dont il se servait pour ne point user son crédit auprès du ministre de la guerre ( tome lxiii , page 97):
«< Je me croirais très-heuréux , très-honoré , répondait- « il à M. de Geffrard, et je me donnerais les airs d'un « homme considérable , si je pouvais recevoir quelques- « uns de vos ordres , et être à portée de faire parvenir à « M. le duc de Clioiseul la commission que vous me don- « neriez. Vous savez ce que c'est que les faibles bontés « d'un ministre pour un pauvre reclus de mon espèce. « Il souffre quelquefois que je lui écrive et c'est très-rare- « ment. Je suis confondu connue de raison clans la foule « de ceux dont il se souvient; mais s'il se présentait quel. «que occasion où je pusse, sans faire linsolent , être
* Le baron Constant de Rebecque d'Hermencbes , né vers 1720 ou 172 I , passa en 1764 au service de France , où il resta jusqu'à sa mort, en 1785. C'est un des oncles de M. Benjamin Constant, l'un de« premiers publicistes de notre époque.
ra/l LETTRES INEDITES
«< votre commissionnaire, je ne manquerais pas de vous » obéir. »
M. Constant était fort lié avec Voltaire, et il est souvent question de lui dans la Correspondance générale; plusieurs lettres lui sont adressées ( tome lxviii , pages i49 et 320), tantôt sous le nom de Constant, tantôt sous celui de baron de Constant , ou sous celui de baron d'Hermenclies, nom d'une terre que possède encore sa famille. M. Constant cultivait la poésie avec facilité. Ayant chanté quelques couplets sur le théâtre de Ferney, à la louange de l'auteur de tant de chefsd'œuvre, Voltaire lui répondit par les vers suivants :
De nos hameaux vous êtes Fenchanteur, De mes écrits vous voilez la faiblesse ; Vous y mettez , par un art séducteur, Ce qu'ils n'ont point, la grâce, la noblesse; C'est bien raison qu'un sorcier si flatteur, Pour son épouse ait une enchanteresse.