‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 25 sur 74 · Tome XIV, pag · texte numérisé non relu

Tome XIV, pag

DE VOLTAIKE. lîS

LETTRE XXXVII

A LA MÊME. 1 4 janvier 176$, au château de Ferney, par Genève.

Madame,

Vous êtes ma protectrice : je vous supplie de me donner mes étrennes. Je ne peux vous demander un regard de vos yeux, attendu que je suis aveugle. Je vous demande une compagnie de cavalerie ou de dragons. Vous me direz peut-être que cette compagnie n'est point faite pour un Quinze-Vingt de soixante et onze ans, aussi n'est-ce pas pour moi, madame, que je la demande, c'est pour un jeune gentilhomme de vingt -quatre ans et demi, qui fait des enfants à mademoiselle Corneille votre protégée. Ce jeune homme était cornette dans la Colonelle générale; il a commencé par être mousquetaire, et actuellement il a neuf ans de service. Son colonel, monsieur le duc de Chevreuse, a rendu de lui les meilleurs témoignages ; il a été compris dans la réforme, et il est trèsdigne de servir ; actif, sage, appliqué, brave et doux, voilà son caractère. Son nom est Dupuits;il de-

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mcuro chez moi, et sa femme et moi nous le verrons partir avec regret pour aller escadronner.

Monseigneur le duc votre frère, quand je pris la liberté de lui représenter la rage que ce jeune homme avait de continuer le service, daigna m'écrire, adressez-vous a ma sœur , c'est a elle que je remets tout ce qui regarde votre petit Dupuits.

C'est donc vous, madame, dont je réclame la protection, en vous assurant sur ma pauvre vie qu'on ne sera jamais mécontent de Pierre Dupuits, mari de Françoise Corneille. Je vous demande cette grâce au nom du Cid et Cinna. Pierre Corneille eut deux fils tués au service du roi ; Pierre Dupuits demande le même honneur en qualité de gendre.

Je suis avec un profond respect, madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Voltaire.

Nota. Les bontés de Voltaire pour celle qu'il appelait la petite fille de son général ne se bornèrent pas à lui faire donner une bonne éducation et à lui procurer un établissement convenable. Son amitié pour elle ne se démentit pas un instant; il la combla de bienfaits après comme avant son mariage. On a rapporté dans la Biographie de Voltaire, d'après des Mémoires inédits de M. Mallet (voyez le tome i, page 58o), plusieurs traits d'une générosité peu commune. « Un jour, y est-il dit, a qu'il alla lui rendre visite pendant ses couches , il laissa « en sortant de chez elle un grand vase d'argent conte-

« nant un billet de douze mille francs, que M. Dupuits « lui avait empruntés. Il donna encore cent mille francs « de dot à la fille de cette dame , depuis madame d'An- « gély. » M. Dupuits était de moitié dans l'affection que Voltaire avait pour sa fille adoptive. On en trouve une preuve dans les sollicitations qu'il adresse en sa faveur à madame la duchesse de Grammont.

LETTRE XXXVIII

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