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LETTRE LI
AL MÊME
fi novembre i 766.
J'ai l'honneur, monsieur, de vous renvoyer les lettres originales du tres-original Jean-Jacques. N(î pensez-vous pas qu'il serait convenable que je donnasse à M. le duc de Choiseul la permission de faire imprimer l'extrait de ces lettres et de mettre au bas : par ordre exprès du ministère de France ? Ne serait-ce pas ^n effet un opprobre pour ce ministère qu'un homme tel que Jean-Jacques Rousseau eût été secrétaire d'ambassade? Les aventures de d'Éon , de Vergy % de Jean-Jacques, sont si déshonorantes qu'il ne faut pas ajouter à ces indignités le ridicule d'avoir eu un Rousseau pour secrétaire nommé par le roi. Je m'en rapporte à Son Excellence. J'ose me flatter qu'il pensera comme vous et comme moi sur cette petite affaire , et je vous supplie de m'envoyer ses ordres et les vôtres. J'écris à M. le duc de Choiseul ; il n'est pas juste que Jean -Jacques passe pour avoir été une espèce de ministre de France , après avoir dit dans
* Eon de Beaumont , né en 1728 , mort en 1810, passa alternativement pour être de l'un ou de l'autre sexe. Du Vergy de Treyssac , auteur de quelques mauvais roftians , et comme le précédent ^ employé dans la basse diplomatie.
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son contrat insocial, pago iG3, « que ceux quf « parviennent clans les monarchies ne sont que de « petits brouillons, de petits intrigants, à qui les « petits talents qui font parvenir aux grandes j)lacc ces ne servent qu'à nicfntrcr leur ineptie aussi- « tôt qu'ils y sont parvenus. »
Je ne sais si monsieur l'ambassadeur pourrait en dire lui mot dans sa dépèche; je m*en remets à sa prudence , à ses bontés et à la bienveillance dont il daigne m'honorer.
Par ma foi , monsieur , vous aurez de ma part du respect autant que d'amitié; mais je vous demande en grâce de ne vous plus servir de ces fornmles qui blessent le cœur, et im cœur qui est à vous.
Voltaire.
Nota. Dans une lettre à M. Hume ( Correspondance générale , tome lxv, page 147)7 Voltaire explique de la manière suivante les faits auxquels il fait allusion dans le commencement de la lettre ci-dessus.
« Rousseau me fit l'honneur de m'écrire avant que la « médiation arrivât à Genève, ces propres mots :
« Monsieur, si vous avez dit que je n'ai pas été secrétaire d'ambassade à Venise, vous en avez menti; et si je n'ai pas été secrétaire d'ambassade , et si je n'en ai pas eu les honneurs, c'est moi qui en ai menti. »
« J'ignorais que M. Jean - Jacques eut été secrétaire «d'ambassade, je n'en avais jamais dit un seul mot; « parce que je ncn avais jamais entendu parler.
« Je montrai cette ajrréahle lettre à un .homme véridi- «que, fort au fait des affaires étrangères, curieux et
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•" exact '. (^es gens-là sont dangereux pour ceux qui citent « au hasard. 11 d(';tcrra les lettres orif^inales ^ écrites de la « main de Jean- Jacques, 4u 9 et du i3 auguste i'j/\'S^ à «M. Dutheil, premier connnis des alfaires étrangères, " alors son protecteur. »
En effet, Rousseau avait été secrétaire de M. de Mon- . laigu , ambassadeur à Venise. 11 parle de cette circonstance dans ses Confessions. Son biographe ajoute : « n passa dix-huit mois à Venise', c'est une époque remarquable dans sa vie. Une fermeté de caractère, un esprit de conduite, des talents pour la diplomatie, un grand sentiment des converuinces, lui concilièrent tous les suffrafjes. C'était un autre homme, différent de ce qu'il avait été et de ce qu'il fut depuis. 11 fait des démarches hardies , et réclame du sénat de Venise l'exécution des engagements pris par ce corps envers la France, fait rendre la justice, supprime des abus , protège ouvertement les Français négligés par l'ambassadeur , trouve enfin au milieu des plaisirs et des travaux le temps de faire une étude particulière du gouvernement vénitien , étude qui lui donna , pour l'économie politique , le goût auquel il se livra depuis. »
Voltaire, comme il l'annonce, écrivit à M. de Choiseul. On trouve cette lettre dans la Correspondance générale^ elle est sans date, et placée par erreur au mois de février, (tome Lxiv, page 44o)- " J-"J- Rousseau seul, y est-il dit, «a troublé la paix de Genève et la mienne ; Jean- Jacques, « le précepteur des rois et des ministres , qui a imprimé
' M. de Taulôs.
' Histoire de la rie et des ouvrages de J. J. Bousseau , par M. Musset-Palhay , 2 \ol. Cliez Brière , 1822.
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«< dans son coutiut insocial qu'il nya a la cour de Irancc ^^ que de petits fripons qui obtiennent de petites places par ^'- des petites intrigues, ctc, »