A M. DUCLOS
3 janvier i 74'>-
J'en ai déjà lu cent cinquante pages ^; mais il faut sortir pour souper. Je m'arrête à ces mots :
«Le brave Iluniade Corvin, surnommé la ter- « reur de tous, avait été le défenseur de la Hongrie , tc dont Ladislas n'avait été que le roi. »
Courage ; il n'appartient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire. En vous remerciant bien tendrement, monsieur, d'un présent qui m'est bien cher et qui me le serait quand vous ne me le seriez pas. Je passe à votre porte pour vous dire combien je vous aime, combien je vous estime, et à quel point je vous suis obligé; et je vous l'écris dans la crainte de ne vous pas trouver. Bon soir Salluste.
Voltaire.
' Duclos (Charles-Plneau) de l'Académie française, né à Dinant en Bretagne en lyoS, mort en 177a. Il était historiographe de France, membre et secrétaire perpétuel de l'Académie française , et membre de celle des Inscriptions et Belles-Lettres.
Cette lettre se trouve dans la Correspondance générale ^ tora. lviii, pag. 33o; mais elle y est rapportée d'une manière fautive , et à une date inexacte. On la reproduit ici , copiée fidèlement d'après l'autographe, qui est en la possession de M. de Jouy , de l'Académie française.
* Histoire de Louis XI.
LETTRE XIV
A M. LE PRÉSIDENT HÈNAULT.
Cirey , ce 1 3 , 1 4 et 1 5 juin 1745.
Rival heureux de Salluste et d'Horace, Vous savez peindre, orner la vérité.
Je n'ai montré qu'une impuissante audace Dans ce combat que ma muse a chanté '. J'ai crayonné pour le moment qui passe , Et vous gravez pour la postérité.
Soyez comme le roi , soyez incUilgcnt. J'avais mandé à M. le maréchal de Noailles que j'offrais un petit tribut, que c'était là un bien petit monument de la gloire du roi. Il m'a fait l'honneur de m'écrire que le roi avait dit que j'avais tort, que ce n'était pas un petit monument. Je souhaite que l'ouvrage ne soit pas médiocre puisqu'il a été honoré de vos avis, et qu'il est consacré à la gloire de vos amis et de vos parents. Voilà la sixième édition de Paris, conforme à la septième de Lille. L'importance du sujet l'a emporté sur la faiblesse du poème. 11 n'y a guère de ville du royaume où il n'en ait été fait une édition. Mais mon respectable Pollion , mon cher Mécène, votre santé m'in-
* Le poème de Fontenoy.
■l'JI LETTRES INÉDITES
téresse plus que les lauriers des héros et les presses des imprimeurs. Vous vivrez dans les siècles à venir : puissent les eaux de Plombières vous faire vivre long -temps pour ce grand nombre d'honnêtes gens qui vous chérissent, pour le public qui vous estime, mais surtout pour vous ! Que les eaux soient pour vous la fontaine de Jouvence. Je vais passer de tout le tracas que m'a donné cette belle victoire à celui d'une nouvelle fête; mais je la ferai dans mon goût, dans un goût noble et convenable aux grandes choses qu'il faut exprimer ou faire entendre. On ne me forcera plus à m'abaisser au Morillo.
Allons nous délasser à voir d'autres procès.
Tous les héros que j'ai chantés m'ont fait des remerciements. J'en ai reçu de M. le maréchal de Saxe et de M. de Chimènes. Il n'y a que M. de Castelmoron qui ne m'a pas daigné écrire ni faire dire un mot. J'ajoute à M. de Castelmoron M. d'Aubeterre. Je ne vous mets pas là ce petit paragraphe pour me plaindre ; peut-être n'ont-ils pas reçu les exemplaires que je leur ai envoyés, et je suis trop heureux d'avoir rendu justice à des. personnes qui vous sont chères et qui méritaient une meilleure i trompette que la mienne.
Je n'ai point dédié l'ouvrage au roi au hasard, comme vous le pensez bien. Il a vu l'épître dédicatoire.
m: voLTAinK. •>.'J'^
LETTRE XV