PROMESSE
Je soussigné, en présence de mon génie et de ma protectrice, jure de lui dédier, avec sa permission, Electre et Catilina ', et promets que la dédicace sera un long exposé de tout ce que j'ai appris dudit génie dans sa cour.
Fait au palais des Arts et des Plaisirs.
Le Protège.
* Oreste est en effet dédié à madame la dudiesse fin Maiue. (Voyez lépîlre dédicatoiie, tom. iv , pag. 201.) En tête de Romtsauvée^ même tome, page 34 1 , on ne trouve qii'une préface; mais cette pièce fut représentée à Sceaux, sur le théâtre de madame la ducliesse du Maine, le 2 i juin 1750.
i)i: vor.T'^iur. .287
LETTRE XX
A LA MI>ME
Parrs, ce 9 janvier 1750.
Ma pho'tectrici ;,
Quelle est donc votre cruauté de ne vouloir |)lus (|ue les pièces greccjucs soient du premier genre? Auriez -vous osé proférer ces hlasj)lièmes du temps de feu M. de IMalezieu '? Quoi! j'ai fait Electre pour |)laire à votre altesse sérénissime; j'ai voulu venj^er Sophocle et Cicéron en combattant sous vos étendards ; j'ai [)urgé la scène française d'une plate galanterie dont elle était infectée; j'ai forcé le pidjlic aux plus grands apj)laudissenients; j'ai subjugué la cabale la plus envenimée; et l'ame du grand Condé, qui réside dans votre tête, reste tranc[uillement chez elle à jouer au cavagnole et à caresser son chien ! Et la princesse qui , seule, doit soutenir les beaux -arts et ranimer le goût de la nation, la princesse qui a daigne jouiM- Jphii^énir en T au ride ^ ne daigne pas honoier de sa présence^ cet Orcsfc (pi(^ j'ai lail j)()ur elle, cet Orestc (jue je
' Malo/ieu (Nirola» de), do l'Académie des Sciences; néon iHjo, niort en 17517. Tl avait encotimi^r les prcTnicrs essais de N'ohalre.
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lui (Irdic! Je vous demande en grâce, madame, d< ne me j3as faire Taffront de négliger ainsi mon offrande. Oreste et Cicéron sont vos enfants ; protéi^ez-les également. Daignez venir lundi. Les comédiens viendront à votre loge et à vos pieds. Votre altesse leur dira un petit mot de Rome sauvée^ et ce mot sera beaucoup. Je vais faire transcrire les rôles; mais il faut que madame la duchesse du Maine soit ma protectrice dans Athènes comme dans Rome. Montrez - vous ; achevez ma victoire. Je suis un de ces Grecs qui avaient besoin de la présence de Minerve pour écraser leurs ennemis. Votre admirateur, votre courtisan, votre idolâtre, votre protégé,
Voltaire.
Je vous demande en grâce de ne venir que lundi ' .
' Ce lundi, 12 janvier 1730, fut le jour de la première représentation d^ Oreste.
1>E VOLT AI RF. t289
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LETTRE XXI
A LA MÊME
Ce samedi, novembre 1749-
Ma PROTECTRrCE,
Gardez mes sentiments clans votre cœur, et non mes lettres dans votre cassette, elles vont comme elles peuvent; mais pour les sentiments, ils ont la hardiesse d'être dignes de toutes les bontés de votre altesse sérénissime. Je défie les Laraotte, les Fontenelle et tutti quanti; ils n'ont point eu tant de zèle et tant d'envie de vous plaire. Permettez que je joigne à ce paquet le long et superbe rôle de M. le comte de Loos. Il ornera au moins le spectacle de sa belle figure , et cela vaut bien cent vers au moins, fussent-ils de Corneille.
Voici aussi un petit mémoire pour M. Martel ; car je ne manque à rien , et il faut que vos sénateurs soient velus. Si nos seigneurs les comédiens du roi prêtent des manteaux, à la bonne heure; si non , on conspirera très-bien sans manteau , et nous avons une douzaine de sénateurs romains qui sont comme moi à votre service ; mais il n'y en a aucun
UQO T.FTTnr.S INKDITF.S.
(jni soit |)rn(Hré pour votre altesse sérénissime (riiii respect plus profond , et qui admire plus votrr éloquence.
Il faut que votre protégé dise à votre altesse que j'ai suivi en tout les conseils dont elle m'a honoré. Elle ne saurait croire combien Cicéron et César y ont gagné. Ces messieurs-là auraient pris vos avis s'ils avaient vécu de votre temps. Je viens de lire Rome sauvée. Ce que votre altesse sérénissime a embelli a fait un effet prodigieux. L'abbé Leblanc , qui a un peu travaillé au Calilina de Crébillon , ne veut pas que Cicéron se fie à César, et le piquf" d'honneur. Je ne le ferais pas si j'étais l'abbé Leblanc; mais j'en userais ainsi si j'étais Cicéron.
La scène de Cicéron avec Catilina était digne de votre altesse, quand elle était placée au premier acte, avant que Catilina ait pris ses dernières résolutions; mais quand ses résolutions sont prises, quand l'action est commencée, cette scène renvoyée au second acte ne fait plus le même effet. Cicéron doit soupçonner avant que le spectateur ait vu Catilina agir. Il est très-aisé de remettre les choses en leur lieu , mais ce ne peut être pour lundi. Ainsi votre altesse aura la bonté , quand elle entendra au second acte ce bavard de Cicéron , de supposer que c'est au premier acte qu'il pérore. Ayez cette indulgence, et nous tâcherons de mieux jouer à la représentation qu'à la répétition.
Je débarrasse encore ma protectrice du logement des histrions. Je prie seulement l'intrépide
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et Texact Gauchet de m'envoyer lundi , à une heure précise, une gondole et un carrosse à quatre , qui amèneront et ramèneront conjurés et consuls.
Ah! ma protectrice, je suis bien fâché , mais un jour, un jour viendra que Rome saui^ée ne sera pas indigne de Ludovise'.
Cicéron , le Bavard.
' Louise Bénédicte cîe Bourbon , petite - fille du Grand Condé, avait été mariée par Louis XIV au duc du Maine, lils naturel qu'il avait eu de madame de Montespan. Cette princesse, renommée par son esprit et son goût, avait beaucoup d'empire sur Voltaire. Selon toute apparence , elle lui avait suggéré l'idée de refaire quelques pièces de Crébillon , auxquelles la cabale de madame de Pompadour avait procuré un succès scandaleux pour les lettres. (Test à cette circonstance que Voltaire fait allusion flans la lettre xviii , p. 281, en disant ; ■ Votre altesse séréuissime est obéie ; ■ c'est pour cette raison aussi que l'auteur voulait donner sur le théâtre de Sceaux les prémices de Rome sam>ée.
LETTRE XXII
A LA MÊME
Ce dimanche, no>embre 1749-
Ma protectrice,
Votre protégé Cicéron a changé la scène de Cicéron et de Catilina au second acte (car il faut rendre compte de tout à sa souveraine). Nous avons répété aujourd'hui la pièce avec ces changements^ et devant qui, madame ? devant des cordeliers,des jésuites, des pères de l'Oratoire, des académiciens, des magistrats qui savent leurs Catilinaires par cœur! Vous ne sauriez croire quel succès votre tragédie a eu dans cette grave assemblée. Ah! madame, qu'il y a loin de Rome au cavagnol î Cependant il faut plaire même à celles qui sont occupées d'un vieux plein. Ame de Cornélieî nous amènerons le sénat romain aux pieds de votre altesse , lundi ; après quoi , il y aura grand cavagnol , car vous réunissez tout; et je sais l'histoire d'un problème de géométrie et des bouteilles de savon. Il faut que vous sachiez, madame, que j'ai fait
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VOS quatre vers, et que j'ai tâché de les faire du ton dont j'ai fait votre tragédie. C'est une critique digne du grand Condé,de vouloir que Cicéron, qu'un consul romain, que le chef de l'état ait des raisons uidispensables pour envoyer un autre combattre à sa place ^ Où serait la vraie grandeur, madame, si elle n'était pas dans votre ame? La reconnaissance, l'admiration , le plus tendre attachement sont dans la mienne.
Le sénat et le peuple romain vous présentent leurs Ifommages.
* liCS changements que Voltaire fesait chaque jour à sa tragédie de Home sau\'écy et les difficultés attachées à toutes les répétitions d'ouvrages dramatiques , firent ajourner la représentation de cette pièce, jusqu'au i r juin lySo. Voltaire, comme on le voit dans la lettre suivante, suhstitua à la tragédie de Rome sam>ée , celle d'Oreste , qu'il avait également composée pour plaire à madame la duchesse du Maine, et pour se venger de la cabale de Crébillon.
294 LKTTRBS INÉDITES
LETTRK XX m.
A LA MÊME
Paris, ce vendredi, i5 janvier lySo.
En arrivant à Paris, j'ai trouvé les comédiens assemblés, prêts à répéter une comédie nouvelle, en cas que je ne leur donnasse pas Oreste ou Rome sauvée à jouer en huit jours. Ce serait damner Rome sauvée que de la faire jouer si vite par des gens qui ont besoin de travailler six semaines. J'ai pris mon parti, je leur ai donné Oreste ; cela se peut jouer tout seul. Me voilà délivré d'un fardeau. J'aurai encore le temps de travailler à Rome , et de la donner ce carême. Tout ce que je fais pour Rome et pour la Grèce vous appartient. Votre altesse a ses raisons pour devoir aimer les grands hommes de ce pays-là. Daignez protéger toujours un Français que vos bontés élèvent au-dessus de lui-même.
Voltaire.
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LETTRE XXIV