‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 54 sur 74 · A M. LE CHEVALIER GAYA · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER GAYA

Paris, 1750.

A six heures du matin, à six heures du soir, à toutes les heures de ma vie , monsieur , je suis aux ordres du sublime génie qui connaît Sophocle % qui protège Voltaire, qui prescrit contre la barbarie et qui soutient l'honneur de la France.

Présentez, je vous en conjure, mes profonds respects à son altesse sérénissime.

J'attendrai demain ses Pégases , à l'heure que vous voulez bien me marquer.

Portez-vous bien. Hoc prœstat.

Voltaire.

' Madame la duchesse du Maine avait été élevée par M. de Malezieu , qui avait le talent particulier d'improviser la traduction des poètes tragiques grecs , et d'en faire passer les beautés dans notre langue. Voltaire lui avait souvent entendu déclamer en présence de S. A. S- des scènes de Sophocle et d'Eurypide. (Voyez l'épîlre dédicatoire et Ores te ^ tome iv, page 20 3.)

LETTRE XXVI

A MADAME LA DUCHESSE DU MAINE

Juin, ce mercredi lySo.

Ame du grand Condé !

Il n'y a pas moyen de reculer, et il faut absolument que je parte demain à cinq heures du matin. Je me trouve une espèce d'héroïsme dans le cœur, puisque j'ai le courage de partir après la lettre de ma protectrice. Ce voyage est devenu un devoir indispensable, et ce n'est que parce qu'il est devoir , que je n'ose résister à vos bontés, à vos raisons et à mon* cœur.

Quoique je n'aie guère de moments dont je puisse disposer , il faut commander au temps ; quand ma protectrice parle, il y a trop de plaisir à lui obéir. Hé bien! madame, j'aurai fait toutes mes affaires à six heures ; j'attendrai vos ordres et votre voiture; je viendrai me jeter à vos pieds; je viendrai chercher de nouveaux sujets de regret; mais aussi , ce sera pour moi une consolation bien flatteuse , de partir rempli de l'idée de vos bontés et du bonheur d'avoir vu encore Louise de Bour-

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bon. Je lui dirai que je lui suis plus attaché qu'à tous les rois du Nord; mais je lui soutiendrai que son rival le roi de Prusse , qui ne la vaut pas , est pourtant un homme admirable '.

Pourvu que je sois de retour à Paris à onze heures du soir, je suis aux ordres de ma protectrice.

Voltaire.

' Voltaire y après la mort de madame la marquise du Chàtelet , céda enfin aux instances du roi de Prusse. * Le moyen , dit-il dans « ses Mémoires, tom. i , pag. 2 33, de résister à un roi victorieux, « poète, musicien et philosophe, et qui fesait semblant de m'aimer! « Je crus que je l'aimais. £nfln je repris le chemin de Postdam au « mois de juin lySo. • C'est peu de jours avant son départ, qu'il écrivit la lettre ci-dessus, et les fragments qui suivent.

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LETTIIE XXVII.

A LA MÊME

FRAGMENT

Je suis aux ordres de votre altesse sérénissime, sans réserve. Je les attends dimanche à cinq heures. Je ne suis pas ingrat comme votre petit chien , et je suis à jamais , de votre helle ame , l'adorateur le plus soumis, le plus respectueux et le plus fidèle, sans condition aucune. Je serai donc à vos ordres dimanche; mais je vous supplie de m'envoyer mercredi à Versailles, où j'ai une affaire indispensable. Cette affaire n'est que la seconde qui m'intéresse : la première est de vous plaire , de vous apporter mes vers , ma toux , mon cœur , mon admiration pour votre esprit, et ma respectueuse reconnaissance pour vos bontés.

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LETTRE XXVIII

A LA MÊME

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