‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 55 sur 74 · AUTRE FRAGMENT · texte numérisé non relu

AUTRE FRAGMENT

Ma PROTECTRICE,

En arrivant de Versailles et non de la cour, j'ai appris que votre altesse sérénissime voulait me donner de nouveaux ordres et de nouveaux conseils, lundi. Elle est la maîtresse de tous les jours de ma vie, et j'ai assurément pour elle autant de respect que Lamotte^ J'attendrai demain les Pégases qui doivent me mener au seul Parnasse que je connaisse , et aux pieds de ma protectrice.

Si votre altesse sérénissime le permet, je cou*cherai à Sceaux.

* Voltaire avait écrit l'impromptu suivant (tome xrv) sur un cahier de lettres de madame la duchesse du Maine , et de Lamotte devenu aveugle.

Dans ses filets , elle savait vous prendre Sitôt qu'elle se laissait voir.

Un pauvre aveugle aussi ressentit son pouvoir; Je le crois bien, car il pouvait l'entendre.

DE VOLTAIRE. !lO I

LETTRE XXIX

A LA MÊME

\utre fragment.

Ma. protfctrice,

Cicéron^ César ^ Catilina seront jeudi, comme de raison , aux pieds de votre altesse ; le languissant auteur de tout cela reprendra des forces pour vous plaire. 11 voudrait bien être digne de madame la duchesse du Maine , mais il a grand'peur de n'être digne que du siècle.

LETTRE XXX

A LA MÊME

Postdam , ce 8 septembre ijSo.

Au lieu des ambassadeurs gaulois, que j'ai retranchés de Rome sauvée^ en voici un qui m'est témoin que je porte toujours à la cour du roi son

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maître, les chaînes de votre altesse sérénissime, et qui vous répondra de ma fidélité, quoique j'aie l'air d'être inconstant. Il peut dire si votre altesse sérénissime a ici des adorateurs, et si elle n'est pas de ces divinite»s qui ont des temples chez toutes les nations. M. d'Ammon, chambellan de sa majesté le roi de Prusse, et son envoyé extraordinaire en France, aura l'honneur de vous adresser son encens de plus près que moi : mais je me flatte de le suivre bientôt. J'ai cru , madame, que mes hommages en seraient mieux reçus, s'ils vous étaient présentés par des mains qui vont resserrer encore les liens de l'amitié de deux grands rois. Il n'y avait au monde que Frédéric-le-Grand qui pût m'enlever à la cour de madame la duchesse du Maine; mais tous les héros passés et présents ne diminueront jamais rien de mon admiration et de l'attachement que je lui ai voué pour toute ma vie. Les grands hommes me rappelleraient sans cesse son idée, si elle pouvait s'effacer jamais de mon cœur.

Je suis avec le plus profond respect,

• Madame, etc.

DE VOI.T A IRF. 3o3

LETTRE XXXI

A LA MÊME

Berlin , ce i janvier ijSi.

J'ai appris la maladie de votre altesse sérénissime avec douleur, avec effroi; et son rétahlissernent avec des transports de joie. On fait des vœux dans le pays où je suis, où les bêaux-arts commencent à naître, comme on en fait en France où ils dégénèrent : on y souhaite ardemment votre conservation si nécessaire au maintien du bon e^oùt et de la vraie politesse de l'esprit, dont votre altesse est le modèle. Vivez, madame, aussi longtemps que M. de Fontenelle; mais, quand vous vivriez encore plus long -temps, vous ne verriez jamais un temps tel que celui dont vous avez été l'ornement et la gloire.

Je suis, avec im profond respect et un attachement inviolable,

Madame, etc.

m: I TU F s INK DITES

LETTRE XXXII

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