‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 56 sur 74 · A MADAME LA COMTESSE DE STAAL · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE STAAL

Mademoiselle,

Si je n'étais Thomme du monde le plus infirme, je passerais pour le plus ingrat. J'ai toujours compté pouvoir venir me jeter aux pieds de madame la duchesse du Maine, la remercier de ses bontés, et vous dire, mademoiselle, combien je suis pénétré des vôtres. Mais des souffrances continuelles m'arrachent à mes plaisirs et à mes devoirs. Je n'ai d'autres consolations que mes livres et un peu de travail, dans les moments de relâche que me donnent mes maux. Jugez, mademoiselle, si un homme condamné à ne vous point voir est malheureux. Je suis sûr que madame la duchesse du Maine daignera plaindre un de ses sujets qui est exilé de son royaume. Où devrais-je passer ma vie, que dans la patrie du bon goiit et du véritable esprit, aux pieds de la protectrice des arts? J'ose vous conjurer, mademoiselle, de vouloir bien me protéger auprès d'elle : son estime est le but de tous mes travaux : elle diminuera mes souffrances. Son altesse sérénissime a vu bien des £:ens de lettres qui valaient infiniment mieux que moi;

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mais jamais aucun d'eux n'a senti plus vivement son mérite, et n'a plus admiré la supériorité de ses lumières. Vous êtes faite, mademoiselle, pour lui faire oublier tout le monde; mais je vous prie de daigner la faire souvenir de moi. Je viendrai assurément , au premier rayon de santé, vous assurer que je voudrais passer mes jours auprès de vous.

Je suis avec bien du respect, mademoiselle, votre, etc.

EN MARGE DE LA PREMIÈEB PAGK.

Je vous demande mille pardons. J'étais plein (lu nom de mademoiselle de Launay, que vous avez rendu si respectable, et j'oubliais madame de Staal ^

' Madame de Stanl, connue d'abord sous le nom de mademoiselle de Launay , mourut à Paris en i jSo , ce qui prouve que cette lettre sans date n'est point classée à son ordre. Mademoiselle de Launay s'était fait rechercher par son esprit , et elle présidait à toutes les fêtes de Sceaux. Ses Mémoires où , disait - on , elle ne s'était peinte qu'en buste , sont remarquables par l'élégance , la grâce et le naturel du style. Ses comédies de la Mode et de V Engouement se distinguent par le charme du dialogue. Voltaire en fait un pompeux éloge dan» le prologTie de la Prude , comédie représentée sur le théâtre d'Anet en présence de madame la duchesse du Maine, tom. vu, ])ag. i45.

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LETTRE XXXIII

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