‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 64 sur 74 · A M. LE DUC DE PRASLIN · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE PRASLIN

Femey , décembre 17G3.

Monseigneur,

Je défie mes trente-neuf confrères de Tacadémie de trouver des termes pour vous exprimer ma reconnaissance ; ma nièce est dans le même embarras que moi. J'ai fait parvenir à mon ingrat curé les nouvelles de la protection que vous nous donnez. On lui a dit que le roi entendait garder ses

traités avec ses voisins; il a répondu qu'il se

moquait des traités, qu'il aurait mes dîmes, qu'il plaidait au parlement de Dijon ; que son affaire y était entamée depuis long-temps, qu'il m'enterrerait au plus tôt, et qu'il ne prierait point Dieu pour moi. Je sens bien , monseigneur, que je serai damné 1 de cette affaire-là, mais il est si doux d'avoir votre protection dans ce monde , qu'on prend gaiement son parti pour l'autre. Je suis bien sûr que vous soutiendrez votre dire avec le parlement de Bour-

« orage. —Non, madame. — C'est pourtant singulier. — Oui, ma- « dame. — Mais ne serait-ce pas parce que nous ne nousjsommes « jamais aimés? — Cela est encore très-possible, madame. »

gogne, s'il a la rage tic juger comme Perriu Daiidin, s'il prétend que l'affaire étant déjà entamée au parlement, elle doit y rester. Vous nous permettrez bien alors de recourir à vos bontés, n'est-ce pas, monseigneur?

Vous voulez des assassinats , en voici une paire dans le paquet de M. d'Argental. Pendant que je vous envoie des tragédies, M. de Montpéroux vous fait sans doute le récit de la farce de Genève : vous verrez comme les enfants de Calvin ont changé. Il est assez plaisant de voir tout un peuple demander réparation pour Jean-Jacques Rousseau ; ils disent qu'il est vrai qu'il a écrit contre la religion chrétienne, mais que ce n'est pas une raison assez forte pour oser donner une espèce d'assigné pour être ouï à un citoyen de Genève; que si un citoyen de Genève trouve la religion chrétienne mauvaise, il faut discuter ses raisons modestement avec lui, et ne pas le juger sans l'avoir entendu, etc.

Vous entendrez parler bientôt de la cité de Genève, et je crois que vous serez obligé d'être arbitre entre le peuple et le magistrat; car vous êtes garant des lois de cette petite ville, comme du traité de Westphalie. Cela vous amusera , et vous aurez le plaisir d'exercer vos talents de pacificateur de TEurope.

A propos , monseigneur, ceci n'est pas une dépêche de Rome moderne, ce n'est pas un mémoire sur les diètes de Pologne, ce ne sont pa« deà nouvelles des deux frères qui se disputent la Perse, ce

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n'est pas un détail dos sottises de ce pauvre Grand Mogol; c'est votre conjuration', ce sont vos roués, c'est une attraj^e qui vous amusera. Je; ne vous dirai point que cela fera fondre en larmes, je mentirais; mais cela peut attacher, cela fera raisonner, et vous serez amusé, et un minisire a souvent besoin de l'être.

Vous pèserez, quand il en sera temps, l'importance extrême dont il est de mettre la conspiration sous le nom d'un jeune novice jésuite , qui , grâce à la bonté du parlement , est rentré dans le monde , et qui , comme Colletet et tant d'autres, attend son dîner du succès de son ouvrage. Je m'imagine que les girouettes françaises tournent actuellement du côté des jésuites ; on commence à les plaindre; les jansénistes ne font point de pièces de théâtre, ils sont durs, ils sont fanatiques, ils seront persécuteurs, on les détestera ; on aimera passionnément un pauvre petit diable de jésuite, qui donnera l'espérance d'être un jour un Lemierre, un Colardeau, un Dorât. Je persisterai toujours à croire qu'il faut donner un nom à ce jeune jésuite; le public aime à se fixer; si on ne nomme personne, on me nommera, et tout sera perdu.

Mais pourquoi ne faites-vous pas faire une tragédie à M. Thomas ? Quel homme a écrit avec plus de force que lui? Quel homme a plus d'idées? Il est jeune, et j'ai besoin d'un coadjuteur.

^ Le Triumviiut. Voltaire avait eu l'idée de faire passer cette pièce sous le nom d'un jeune ex-jésuite.

DE VOLl AIRK. 3/| I

Enfin , monseigneur , vous ne nous abandonnclez pas, madame Denis et moi, dans notre querelle avec la sainte Eglise ^ INous espérons que vous voudrez bien vous damner pour nous , rien n'est plus beau que d'aller au diable pour faire du bien aux gens qu'on protège.

Agréez, je vous en conjure, mon attachement, ma reconnaissance et mon profond respect.

Le Vieux de la Montagne.

Où voit par une lettre de Voltaire n M. d'Argental , tom. lxifi , pag. 145, qu'il s'était adressé à M. le duc de Prasliu dès l'origine de sa contestation pour les droits seigneuriaux de t'erney. • Comme «je vous fais toujours mes confessions , lui mnndaltil , je dois vous « dire que madame Denis, à qui j'ai donué Fcrnev , a présenté re- « quête à M. le duc de Praslin, pour avoir ses causes commises au con- ■ seil privé. ■ Voltaire prétendait en effet que les privilèges de cette terre avaient été confirmés par plusieurs traités, et il se fondait sur ce motif pour fce point plaider la question devant le parlem(Hit dc Bourgogne.

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LETTRE XLII

AU MÊME

FRAGMENT

Permettez que je vous informe de ce qui vient de m'arriver avec M. Makartney, gentilhomme anglais, très-jeune, et pourtant très-sage; très-instruit, mais modeste; fort riche et fort simple; et qui criera bientôt en parlement mieux qu'un autre. Il m'a nié que vous eussiez des bontés pour moi. Je me suis échauffé : je me suis vanté de votre protection, il m'a répondu que si je disais vrai , je prendrais la liberté de vous écrire: j'ai les passions vives. Pardonnez - donc , monseigneur , au zèle , à l'attachement et au profond respect du vieux montagnard.

DE VOLTAIllh. 3/|3

LETTRE XLIII

A M. LE COMTE D'ARGENTAL

Décembre , 1765*

Mon cher ange , il y a plus d'un d'Eon , et plu» d'un Vergi ^ ; lisez et jugez. Voyez s'il n'est pas de Tintérét du ministère et du bien public, d'imposer silence à ces malheureux, qui vivent de caldnmies et qui osent se dire gens de lettres. Je m'en raj)porte à la bonté y à la prudence et au zèle éclairé de M. le duc de Praslin.

Dites-moi donc comment vous vous portez, mes divins anges? Votre thermomètre est-il à dix degrés au-dessous de la glace, comme le notre? Je perds les yeux, les oreilles, la poitrine, les pieds, les mains et la tète; mais il me reste toujours un cœur fait pour vous adorer.

' Du Vergi (Treyssac) était de Bordeaux , prosateur médiocre cl auteur de quelques rouians pou conuus. Du A ergi eut à Londres , avec mademoiselle d'P'on , alors ambassadeur de France , une querelle très-vive qui fît beaucoup de l)ruit. Il est peu de personnes qui ne connaissent le grand et singulier rôle qu'a joué celte demoiselle d'Eon dans le siècle dernier. Mademoiselle d'Eon mourut en Angleterre en 18 10. L'opinion, si souvent partagée jusque - là sui son sexe, fut euGn tixée irrévocablement à l'autopsie de son cadavre, qui ne laissa aux gens de l'art aucune incertitude sur sa virilité.

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Au nom tle Dieu, quand 1(î doux tcm|)s viendra , comme dit Pluclic, venez avec lui pour être le médiateur de Genève. Vous savez que cette fourmilière importune le roi , et demande un ministre qui règle le pas des fourmis. Tout cela, en vérité, est le comble du ridicule. U y a deux mois que ces pauvres gens pouvaient s'accorder très-aisément; deux ou trois sottises, à la tête desquelles est l'orgueil, les ont brouillés plus que jamais. Il serait difficile de dire bien précisément pourquoi ; et je crois que les médiateurs seraient bien étonnés qu'on les ait fait venir pour de semblables bagatelles. Mais enfin, venez, vous qui êtes le plus aimable et le plus conciliant de tous les bommes, comme le plus juste. Que cette aventure me produise le bonheur d^e ma vie ; vous verrez madame votre tante ' en chemin , et cette visite ne sera peut-être pi^s inutile.

Quand vous serez à Genève , vous recevrez vos paquets de Parme plus tôt qu'à Paris. Vous ferez aussi bien les affaires avec M. le duc de Praslin par lettres que de bouche. Vous êtes, d'ailleurs, déjà au fait des tracasseries genevoises; enfin , je ne vois point d'homme plus propre que vous pour ce ministère. Je suis convaincu qu'il ne tient qu'à vous d'être nommé , et si vous ne l'êtes pas , je ne vous le pardonnerai de ma vie. Berne et Zurich enverront des magistrats; il faut que la France en fasse autant.

' Madame de Groslée.

DK VOLT AI Ri:. 34^

J'ajoute à toutes ces raisons un point bien important, c'est qu'on aura la comédie à Genève pendant la médiation , pour préparer les esprits à la concorde et à la gaieté. Enfin , voilà probablement la seule occasion que j'aurai d'embrasser mon ange avant ma mort.

Voici une lettre d'un mauvais plaisant de Neufchâtel , que je vous envoie pour vous tenir en joie. On m'assure dans le moment que le roi de Prusse est très-malade ; cela pourrait bien être. Il m'écrivit, il y a un mois, que je l'enterrerais, tout cacochyme et tout vieux que je suis; mais je n'en crois rien, ni lui non plus.

Je pense que l'affaire des dîmes est accrochée, comme on dit en style de dépêches ; il n'y a pas grand mal. Je suis rempli de la plus tendre et de la plus respectueuse reconnaissance pour toutes les bontés de M. le duc de Praslin , et confus des peines qu'il a daigné prendre. Lorsque j'ai vu que les Genevois n'étaient plus occupés sérieusement que de la prééminence de leurs rues hautes sur leurs rues basses, et qu'ils étaient résolus de fatiguer le ministère de France pour savoir si le conseil des vingtcinq a le pouvoir négatif ou non , dans tous les cas' , j'ai jugé à propos «de faire avec mon curé ce que le conseil genevois aurait du faire avec les citoyens; j'ai fait un très-bon accommodement avec le curé.

On a donné dans le nota de la première partie de ce volume , des éclaircissements sur les troubles de Genève. Voyez surtout les pages I acj et i ja.

3/V^ LI-TTHES INÉOITKS

il m'a rendu maître de tout, et, Dieu merci, je n'ai plus de procès qu'avec Fréron.

J'étais curieux avec juste raison de savoir ce que coiit(înait cette vieille demi-page. Le mot d'inlame a toujours signifié le jansénisme , secte dure , cruelle et barbare, plus ennemie de l'autorité royale que le presbytérianisme, et ce n'est pas peu dire, et plus dangereuse encore que les jésuites, ce qui devient incroyable ; mais cependant c'est ce qui est. Si le roi sait mon grimoire, il sait que je n'écris jamais qu'en loyal sujet à des sujets très-loyaux.

Le Rain est sombre , et moi aussi ; je lui conseille de venir cliez moi pour s'égayer. J'ai acheté un petit domaine en Suisse. Mademoiselle Clairon viendra à Ferney, et j'y passerai quelques jours pour elle.

Gomme je ne reçois le manuscrit du petit prêtre qu'aujourd'hui, vous ne pourrez recevoir la nouvelle leçon que dans quinze jours. Il est bon d'ailleurs d'accorder du temps au zèle de ce jeune homme. Il dit que la scène des deux tyrans ne fera jamais un prodigieux effet, parce qu'une conférence entre deux méchants hommes n'intéresse point ; mais elle peut attacher par la grandeur de l'objet et par la vérité des idée#, surtout si elle est bien dialoguée et bien écrite. Selon lui c'est la scène de Julie ^ errant dans les rochers de cette île triumvirale, qui doit intéresser; mais il faut des actrices.

L'idée de faire imprimer le tout par Cramer m'é-

tait venue par deux raisons; la prcniière, que j*é vitais le honteux désagrément de passer par les mains de la police , qui peut-être se serait rendue

difficile sur l'histoire des proscriptions, depuis les vingt-trois mille juifs égorgés pour un veau, jusqu'aux massacres commis par les Camisards des Cévennes. La seconde raison est que sur l'inspection d'une feuille imprimée, je corrige toujours vers et prose. Les caractères imprimés parlent aux yeux bien plus fortement qu'un manuscrit. On voit le péril bien plus clairement; on y court, on fait de nouveaux efforts , on corrige , et c'est ma méthode.

Je renonce cependant à ma méthode favorite , pour satisfaire un libraire de Paris , qui est un véritable homme de lettres, fort au-dessus de sa profession et dont je veux me faire un ami ^

M. le duc de Praslin vous aura sans doute envoyé tout le manuscrit avant que vous receviez ma lettre, et vous serez en état de juger en dernier ressort. Je vous supplie très-instamment de passer au petit ex -jésuite ces vers de Fulvie :

Après ra'avoir offert un criminel amour

Ce Prothée à ma chaîne échappa sans retour.

J'ai eu dessein d'exprimer les débauches qui régnaient à Rome, dans ces temps illustres et détestables^ : c'est le fondement des principales remar-

* Le libraire Lacombe.

' Voltaire disait dans un avertissement placé en tête des premières

3/|8 LKTTRKS INF^DITES

quos. Je veux coulera fond la n'-pulalion d'Auguste-, j'ai une dent contre lui (h^puis long -temps pour avoir eu l'insolence d'exiler Ovide , qui valait mieux que lui. Quoi! l'aimable Ovide exilé en Scythie^ , ah! le barbare! Brutus! où étais-tu?

Où étes-vous , mes divins anges? il fait froid, que je me fourre dessous vos ailes.

éditions de sa pièce , ■ qu'il n'avait composé cet ouvrage que pour avoir occasion de développer dans des notes les caractères des principaux Romains au temps du Triumvirat , et pour placer convenablement l'histoire de tant d'autres proscriptions qui effraient et qui déshonorent la nature humaine. » En effet, celte tragédie est suivie de notes historiques , où les crimes de cette époque sont jugés avec beaucoup de sévérité. Voyez le tom. v, pag. 274- Les anciennes éditions étaient aussi accompagnées d'un autre écrit intitulé : des Conspirations contre les peuples et les proscriptions. Voyez le tom. XXVII, pag. Ôoy.

* Voyez le Dictionnaire philosophique ^ article Ovide, tome xli , pages 340 et suivantes.

DE VOLTAIRE. ^/jQ

LETTRE XLIV

AU MÊME

Ferney , ii avril 17^7.

Je réponds à la lettre du i/| , dont mon cher ange m'honore , dans le cabinet d'Klochivis ' , à deux grandes parasanges de Babylone. Comme je suis à trois cent mille pas géométriques de votre superbe ville, et que vos Persans m'écrivent toujours des choses contradictoires, je suis très-souvent le plus embarrassé de tous les Scythes; mais je crois mon ange de préférence à tout. Je pense ne pouvoir mieux faire que de lui envoyer la pièce scythe,bien nettement ajustée. Si cet exemplaire ne suffît pas pour sa comédie, il sera aisé d'en faire encore un autre sur ce modèle. Je suis convaincu que , tous les prétextes des ennemis leur étant ôtés, ayant sacrifié : // est mort en ùra^e homme, qui est pourtant fort naturel , ayant épargné aux gens malins l'idée de viol, qui pourtant est piquante, ayant donné la raison la plus valable du mariage d'Obéide , cnison prise dans l'amour même d'Obéide pour Athamare ; raison touchante , raison tragique,

' Anagramme de M. de Choiseul.

35o LETTRES INÉDITES

raison même que mes anges ont toujours voulu que j'employasse ; ayant enfin distillé le peu qui me reste de cerveau, pour apaiser les Welches, et pour plaire aux bons Français , j'espère que tant de peines ne seront pas perdues.

Ceux qui demandent que le mariage d'Obéide avec Indatire soit nécessaire , n'entendent point les intérêts de leurs plaisirs. Cela est bon dans Alzire^ cela serait détestable dans les Scjthes. Les deux vieillards doivent faire un très-grand effet au quatrième acte, s'ils peuvent jouer d'une manière attendrissante, et surtout si les Welches sont capables de faire réflexion que deux bonnes gens de quatre-vingts ans, sans armes, et consignés à la porte d'Athamare, ne peuvent commander une armée , surtout quand l'un des deux vieillards est évanoui. Le malheur de tous vos comédiens , c'est déjouer froidement; ils n'ont point d'ame, ils n'arrivent jamais qu'à moitié. Je le dirai toujours, jusqu'à ce que je meure, les Scjthes bien joués doivent faire un grand effet. Madame de La Harpe fait pleurer quand elle dit :

Ah ! fatal Athamare !

Quel démon t'a conduit dans ce séjour barbare ? Que t'a fait Obéide? etc.,

et madame Dupuits, qui a une voix touchante, augmente l'attendrissement. Il y a l'infini entre jouer avec art, et jouer avec ame.

Je vous ai soumis, mon cher ange, ma réponse

DE VOLTAIRE. 35 f

à mademoiselle Sainval ; je n'ai écrit que des politesses vagues à mademoiselle Dubois; je ne me suis engagé à rien, vous savez que je ne ferai que ce que vous voudrez; mais je vous répète encore qu'il faut reprendre les Scjt/ies après Pâques, malgré la cabale, ou plutôt malgré les cabales; car il y en a quatre contre nous. Il faut que mademoiselle Durancy fasse pleurer, afin que M. le maréchal de Richelieu ne la fasse pas enrager, s'il ne lui fait pas autre chose.

On fait une nouvelle édition des Scjtlics à Genève; on en fait une en Hollande ;^on en va faire ime encore à Lyon ; cela peut servir de prétexte à l.acombe pour diminueF un peu l'honoraire de Le Kain , mais il n'y perdra rien ; il aura toujours ses six cents francs. Puisse-t-il être beau comme le jour, et être un amant charmant quand il viendra au troisième acte se jeter aux genoux d'Obéide! puisse-t il avoir une voix sonore et touchante! puissent les confidents n'être pas des buffles! puisse le seul véritable théâtre de l'Europe n'être pas entièrement sacrifié à l'opéra comique !

Grâce au ridicule retranchement fait par la police à la première scène du troisième acte, Sozame ne dit mot, et joue un rôle pitoyable; je le fais parler de manière que la police n'aura rien à dire.

Je vous remercie tendrement vous et Elochivis; je suis terriblement vexé, et si on ne réprime pas Tinsolence des commis, je serai obligé d'aller mourir ailleurs.

352 LKTTnFS INKniTtS

A propos de mourir , savez-voiis, mon divin nnge, que je n'ai guère de santé; mais qu'importe, je suis aussi gai qu'homme de ma sorte. Je n'ai actuellement que la moitié d'un œil, et vous voyez que j'écris très-lisiblement. Je soupçonne avec vous que le tyran du tripot » a contre vous quelque rancune qui n'est pas du tripot. N'y a-t-il pas un fou de Bordeaux, nommé Vergi, qui aurait pu vous faire quelque tracasserie? Ce monde est hérissé d'anicroches. Jean -Jacques est aussi fou que les d'Éon et les Vergi, mais il est plus dangereux^.

N. B. Vous serez peut-être surpris que Luc m'écrive toujours ; j'ai trois ou quatre rois que je mitonne; comme je suis fort jeune, il est bon d'avoir des amis solides pour le reste de la vie. Divin ange! ces quatre rois ne valent pas seulement une plume de vos ailes.

Couple céleste , couple aimable , vous savez si vous m'êtes cher ! Mais ce que vous ne saurez jamais bien , c'est le bonheur et la félicité suprêmes que goûte mon cœur des hommages purs qu'il vous rend chaque jour dans le temple d'hyperdulie.

' Le duc de Richelieu.

' Voyez la note page 343.

LETTRE XLV

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