‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 65 sur 74 · A MADAME LA COMTESSE DE BOCHEFORT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE BOCHEFORT

sous LF. NOM DE MADAME CLOTIER.

Ferney, 3i auguste 1769.

J'ai reçu la votre, qui m'a fait une grande joie; car , quoique vous n'ayez pas dix-huit ans, cependant vous raisonnez comme une femme de quarante, et, outre cela, vous avez un très-bon petit cœur ; ce qui vous attirera toujours beaucoup d'amis. Un homme qui vous a vue dans votre prop vince nous disait l'autre jour en famille : Cette madame Clotier est très-belle , mais elle pourrait se passer de beauté.

Nous sommes toujours très -attachés, ainsi que M. votre époux, à M. l'abbé Bigot * et à M. d'Ermide ^. Messieurs Bruguières ^ , nos ennemis, nous accuseraient en vain de vendre la contrebande ; nous n'en vendons point. Toutes nos marchandises sont du crû de France , et pourvu qu'on ne nous desserve pas auprès de M. le Prieur*, nous nous

' Le duc de Choiseul.

' Le prince de Beauveau.

Gens du parlement.

^ Louis XV.

moquons de messieurs de Bruguières et des financiers. Nous souhaitons seulement que vous n'ayez plus la peste, et nous espérons toujours que M. liigot sera votre médecin ; qu'il conservera toujours sa bonne réputation, malgré la tante' qui est, je crois , une bonne femme.

Notre manufacture va toujours son petit train , et nous comptons dans quelques semaines pouvoir vous envoyer des échantillons. Nous reçûmes , il y a un mois , un maroquin rouge fort propre ; nous ne savions d'où il venait; mais enfin nous avons jugé qu'il vient de votre boutique , car vous n'avez que du beau et du bon : c'est une justice qu'on rend à madame Clotier et à M. son cher époux. Je suis , madame Clotier , avec un profond respect, votre très-humble servante et commère,

GiRAFOU.

' Madame du Barri. Voltaire fut bientôt tiré d'erreur; la fa-voritc ne tarda point à l'emporter sur le premier ministre. M. de Choîseul fut disgiacié en 1771. «Une femme, dit l'auteur du Siècle de « Louis Xf y tora. XXI , p. 4t>8 , le lit exiler lui et son cousin le duc « de Praslin , après les services qu'ils avaient rendus à l'état , etc. »

I)K VOLTiLIRE.

LETTRE XLVI

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