A MADAME LA COMTESSE DE ROCHEFORT
Ferney, 1770.
Vous avez été attaquée dans votre foie, madame, et vous avez été saignée trois fois: M. d'Alembert, qui a été votre garde-malade, vous dira qu'autre fois, selon l'ancienne philosophie et l'ancien Testament, les passions étaient dans le foie, et l'ame dans le sang. Aujourd'hui on dit que les passions sont dans le cœur, et pour l'ame, elle est je ne sais où. La mienne, quelque part qu'elle soit, a été sensible , comme elle le doit, à votre danger et à votre convalescence. N'ayez donc point, madame , de colique hépatique si vous ne voulez pas que j'aie le transport au cerveau , et allez en Bourgogne puisque vous me donnez l'espérance que je verrai l'une des deux personnes à qui je suis également attaché.
Il est vrai que l'orateur ' dont vous me parlez me vint voir le même jour que M. d'Alembert arriva. S'ils s'étaient rencontrés, la scène aurait été beaucoup plus plaisante; mais quoiqu'il n'y eut que deux acteurs, elle n'a pas été sans agréments.
^ M. Tavocat-général Séguier.
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Le bout des ciseaux de M. l'abbé Terrai a donc coupé aussi votre bourse! c'est sans doute pour notre bien , puisque c'est pour celui de l'état : nous devons l'en remercier. Je lui ai le double , et audelà, de l'obligation que vous lui avez. Je ne sais pas s'il pourra contribuer à la colonie de Versoy, mais il a furieusement dérangé celle de Ferney. C'est grand dommage, cela prenait un beau train; les étrangers venaient peupler ce désert , les maisons se bâtissaient de tous cotés, le commerce, l'abondance commençaient à vivifier ce petit canton; un mot a tout perdu, et ce mot est, car tel est notre plaisir. Cette catastropbe empoisonne un peu mes derniers jours; mais il faut se soumettre. Je vous enverrai dans quelques jours un petit amusement. Vivez gaiement, couple heureux et si '' di^ne de l'être.
A propos , je remercie bien tendrement M. de Rochefort de m'avoir donné de vos nouvelles ; j'en ai quelquefois aussi de M. l'abbé Bigot de fort agréables; mais elles ne me rendent pas la santé que je crois avoir perdue sans retour. J'ai eu beau
( me faire capucin, je n'ai pas prospéré depuis ce temps-là, et je crois que je verrai bientôt Saint- François , mon bon maître. Je serai très-aise de laisser sur la terre des personnes qui l'embellissent
Y comme vous.
Je vous prie d'agréer ma bénédiction.
Frfriî François, capucin indigne.
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LETTRE XLVII
A M LE MiRQUIS DE THIBOUVILLE.
Ferucy, ce a 8 décembre 1773.
Quand madame Denis vous épousera , il faudra bien qu'elle écrive, quand ce ne serait que pour signer son nom. à moins que son aversion pour l'écriture ne lui en donne aussi pour le sacrement du mariage.
Je vous prie de me mander si vous êtes un peu content des répétitions. Je voudrais bien que notre plaidoyer pût réussir. Nous avons contre nous une cabale aussi forte que celle qui accable M. de Morangiès; mais je tiens qu'il faut être extrêmement insolent , et ne s'étonner de rien.
Je puis donc compter que vous avez eu la bonté de faire copier le plaidoyer conformément au dernier factum de Le Rain ; mais j'ai peur que le français dans lequel il est écrit ne soit pas entendu , car il me paraît qu'on parle aujourd'hui la langue des Goths et des Vandales. Si on ne fait plus de cas de l'harmonie des vers , si on compte ses oreilles pour rien, j'espère au moins que les yeux ne seront pas méeontents. Le spectacle sera beau, majestueux et attachant. Autrefois il fallait plaire à l'esprit, à
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présent il faut frapper la vue. Que diraient les Anacréon, les Sophocle, les Euripide, les Virgile, les Ovide, les Catulle, les Racine et les Cliaulieu, s'ils revenaient aujourd'hui sur la terre? O tcmpora , o mores !
Voulez-vous bien aussi avoir la bonté de me dire quel rôle prend Mole? Qu'est-ce donc que cet Albert? Est-ce Albert d'Autriche? Est-ce Albert le grand? Est-ce le petit Albert?
Dupont, auteur de cette pièce * , est-il le Dupont auteur des ÉpJiémêrides du citoyen ? Vous m'enverrez au diable avec mes questions , et vous ferez bien ; mais je n'en aurai pas pour vous moins d'amitié et moins de recoiniaissance. Revenons en Crète, je viens de m'apercevoir que, dans la première scène de l'acte second , on joue un peu au propos interrompu. Le sauvage dit à Dictime:
Nous voulons des amis; méritez-vous de l'être?
et Dictime lui réplique:
Je ne te réponds pas que ta noble fierté Ne puisse de mon roi blesser la dignité.
ce n'est pas répondre catégoriquement; il faut dire :
' Cette pièce d'Albert était, non pas de M. Dupont, mais de M. Leblanc, auteur de Manco - Capac. C'était un drame assez médiocre, dont le sujet était un trait de la vie de l'empereur Joseph IL On en défendit la représentation à la fin du règne de I^)uis XV à l'époque dont parle \ ciltaire ; mais on la permit dans les premiers temps de celui de Louis XVI , ei la pièce n'eut aucun succès.
36a LETTIlfS INKDITFS
Oui , Teucer en est cligne , et peut-être aujourd'hui En l'ayant mieux connu vous combattrez |>our lui.