‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 71 sur 74 · A M. DE VAINES · texte numérisé non relu

A M. DE VAINES

1>K£MIER COiMMlS DES FI5AACES.

Ferney , a o avril 1773.

Je VOUS envoie, monsieur, le meilleur ouvrage de M. de La Harpe. Son Menzikoff'nàTv'w^i qu'hier dans ma Sibérie. Les postes de notre Tobolskoi sont arrangées de façon que les gros paquets m'arrivent presque toujours un jour trop tard. Je suis exact et fidèle en vers et en prose. J'ai résisté à la tentation de faire copier l'ouvrage ; j'en ai retenu seulement quelques vers malgré moi , et surtout ceux qui conviennent au climat que j'habite. Permettez-moi de mettre dans ce paquet ma lettre de remerciements pour M. de La Ifarpe. Je voudraisbien en écrire une à M. Turgot et à M. de Trudaine pour notre pays de Tobolsk et de Tlrtish.

Vous m'avez envoyé une tragédie en vers ; permettez, monsieur, que je vous en adresse une en prose. Si vous avez le temps de la lire avant de la remettre entre les mains de IVL de (londorcet, votre ami, vous trouverez le sujet bien intéressant et bien terrible. C'est une pièce qui ne peut être encore représentée et qui lésera peut-être au sacre

(lu roi. Je crois qu'il y a une grosse cabale contre* cet ouvrage; mais j'espère que les honnêtes gens le favoriseront et que vous serez à leur tête. Pour moi je ne puis, faire que des vœux secrets : je ne puis paraître , et c'est là ma douleur. Cette pièce m'a fait verser bien des larmes; puissent-elles ne pas être inutiles !

Vous trouverez, monsieur, dans ce même paquet, une lettre pour M. de Condorcet, avec des papiers pour M. de Beaumont l'avocat. Vous verrez que ma triste destinée est , depuis long-temps , d'oser élever ma voix contre les barbares oppresseurs de l'innocence. Vous frémirez peut-être, mais votre suffrage pourra faire réussir la pièce. Que ne puis-je être auprès de vous avec M. de Condorcet et M. de La Harpe !

M. de Condorcet m'a mandé que vous êtes, comme M. Turgot, l'ami des lettres ainsi que de l'ordre dans les finances; et que je pouvais vous présenter ce petit recueil d'un jeune homme, et joindre ce paquet sans crainte d'abuser de vos bontés. Il ajoute que je peux vous demander la permission de vous adresser deux ou trois paquets semblables. Je suis accoutumé à faire tout ce que M. de Condorcet me prescrit; ainsi j'espère que vous ne désapprouverez pas mon importunité.

Le vieux malade de Ferjney.

Si , par un hasard malheureux , M. de Condorcet n'était point à Paris, je vous supplie de vouloir

UK VOLTAIRt. J73

bien faire rendre à M. Élie de Beauniont le paquet qui contient cette pièce tragique, avec la lettre de M. d'Étalonde, et la mienne, tpie vous trouverez enveloppée avec celle que j'écris à M. de Colidorcet.

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