LETTRE LU
AU MÊME
Feruey, ce 28 février 1776.
Pardon, monsieur; mais si vous voulez bien avoir la bonté d'ordonner qu'on m'envoie l'édit ou l'ordonnance concernant l'école militaire, je vous serai infiniment obligé. Je vois bien que je n'aurai pas sitôt les édits en faveur du peuple, enregistrés. Les Welches sont plus Welcbes que jamais; mais un Français tel que vous me console. Il est bien clair que c'est faire brûler par le boinreau les édits du roi, que de faire brûler cette brochure intitulée : Les inconvénients des droits féodaux ' ; cette brochure ne contient , à ce qu'il me paraît, que les principes de M. Turgot, l'abolissement des corvées, le soulagement du peuple el le bien de l'état. Je ne sais comment tout ceci tour-
* Par M. de Bonccrf , premier commis de M. Turgot.
liera, mais je vois de loin des serpents qui mordent le sein qui les a réchauffés.
Vous savez qu'il n'est plus question de fatiguer M'. Turgot de tant de vaines représentations : l'affaire est consommée. Nos chétifs états ne doivent plusse livrer qu'aux sentiments de reconnaissance. Les fermiers-généraux veulent absolument nous arracher trente mille francs; ils les auront : on ne peut acheter trop cher sa liberté; car ce n'est que par la liberté que l'homme est heureux. Je n'ai actuellement d'autre négociation en tête que celle de placer M. de La Harpe au rang de ceux qui donnent les prix; c'est une place qui lui est bien due, après qu'il en a tant gagné.
Voici, monsieur, ce Sésostris , qui est un peu moins incorrect que la copie qui court dans Paris. Je ne sais si Messieurs feront brûler ce petit ouvrage, et si la brochure excommuniera l'auteur, comme hérétique sentant l'hérésie. On prétend que Messieurs, dan s^ leurs remontrances, ont dit qu'ils ne doutaient pas que les bontés et l'humanité de Sésostris ne l'engageassent à maintenir les corvées , et à faire travailler les gens loin de chez eux, sans leur donner ni à manger ni à boire. Mais le roi d'Egypte leur aura répondu , sans doute , que ses ancêtres donnaient du pain et des oignons à ceux qui bâtissaient des pyramides. J'ai surtout la plus grande espérance dans la vertu persévérante de M. Turgot. Je maintiendrai toujours, malgré la Sorbonne et Messieurs, que le ministre qui
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protège le peuple, et qui inspire à Pharaon l'esprit de sagesse et d'économie, vaut beaucoup mieux que le ministre des sept vaches maigres et des sept vaches grasses qui ne fit manger du pain au peuple qu'en le rendant esclave.
Je suis très-f;iché, monsieur, d'être trop vieux pour voir encore un an ou deux de ce Sésostris ' dont vous êtes le lecteur; j'attends avec impatience ces édits enregistrés ou non enregistrés, deux que j'ai lus jusqu'à présent me paraissent tout-à-fait dans le goût chinois. Ils encouragent à la vertu et ils promettent le bonluMu* : ces doux choses sont de votre ressort.
Voilà beaucoup de Sésostris qui se mettent sous votre protection.
' Sésostris, allégorie sur le r^gtie de Louis XVI. (Voyez le t. xiv.) Voyez aussi dans le même volume une autre pièce de vers intitulée le Temps présent, par M. Laffichard. Voltaire y fait l'éloge des édits dont il parle dans cette lettre, et qui avaient pour objet l'abolition de la corvée, et la défense de poursuivre arbitrairement les débiteurs du fisc.
.^7^^ LETTRHS I NKHITFS
lettrp: lui.