A CATHERINE n
A Femey... «Tril.
Madame, un jeune homme des premières familles de Genève, qui, à la vérité, a près de six pieds de haut, mais qui n'est âgé que de seize ans, assistant chez moi
* Allusion à ses fonctions d^historiogr^plie de Fiance, qui avaleDl été données à Duclos.
DE VOLTAIRE (1769). i7i
à la lecture de rinstruction que Votre Majesté Impériale a doanée pour la rédaction de aes lois , s'écria ; «Mon Dieu, que je voudrais être Russe! » Je lui dis, eu présence de sa mère : « Il ne lient qu*à vous « de Tétre; Pictet, qui est plus grand que vous, Test c bien; vous êtes plus sage et plus aimaUe que lui« «Madame votre mère veut vous envoyer dans une « université d'Allemagne apprendre Tcdlemand et le « droit public ; au lieu d'aller en Allemagne, allez à «Riga; vous apprendrez à la fois l'allemand et le « russe; et à l'égard du droit public, il n'y en a cer- « tainement point de plus beau que celui de l'impéa ratrice. »
Je proposai la chose à sa mère, et je n'eus pas de peine à l'y faire consentir. Ce jeune homme s'appelle Galaiin; il est de la plus aimable et de la plus belle figure; sa mémoire est prodigieuse ; son esprit est digne de sa mémoire^ et il a toute la modestie conve* nible k ses talents. Si Votre Majesté daigne le protéger, il partira incessamment pour Riga, après avoir commencé à suivre votre exemple en se faisant inoculer. Je suis lâché de n'offrir à Votre Majesté qu'un sujet; mais je réponds bien que celui-là en vaudra plusieurs autres.
Oserai^je prendre la liberté de demander à Votre Majesté à qui il faudra que je l'adresse à Riga? Sa mère ne peut payer pour lui qu'une pension modique. J'ose me flatter qu'il n'aura pas été un an à Riga, sans être en état de venir saluer Votre Majesté en russe et en allemand. . Qu'est devenu le temps où je n'avais que soixante ans 7 Je l'aurais accompagné.
Si Votre Majesté va s*établir à Constantinople , comme je Tespère, il apprendra bien vite le grec; car il faut absolument chasser d*Europe la langue turque, ainsi que tous ceux qui la parlent. Enfin, madame, au nom de toutes vos bontés pour moi, j*ose vous implorer pour le jeune Galatin, et je puis répondre qu*il méritera toute votre protection.
J'attends les ordres de Votre Majesté Impériale.