A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU
r«nM|y ti aufttttt.
Mon héros souffiira^t^il qu'on donne de vieille musique à une jeune prinoesseT Je lui répète et je l'as»
8ure que l'opéra de M. de la Borde est rempli de morceaux charmants, qui tiennent de l'italien autant que du français.
Qui &vori8era un premier valet de chambre du roiy si ce n'est un premier gentilhomme de la chambre? L'amie de mon héros ne doit*elle pas s'intéresser à faire donner une belle fête? Cela ne lui fera-t^il pas honneur? Je crois qu'elle n'a qu'à témoigner sa vo* lonté. Je ne doute pas que M. le duc d'Aumont ne se fasse un plaisir de lui donner l'opéra qu'elle demandera. Si j'osais répondre de quelque chose, ce serait du succès de cette musique. En vérité, il est honteux de donner du réchauffé à uneDauphine. Vous aves soutenu la gloire de la nation dans des occasions un peu plus sérieuses» et vous ne l'abandonnerez pas quand il s'agit de plaisirs. 11 ne vous en coûtera que trois ou quatre paroles, et à votre amie autant. Ne rejetez pas la prière du plus ancien, du plus tendre et du plus respectueux de vos courtisans. Tout mourant qu*il est, il s'intéresse fort aux plaisirs des vivants ; mais il vous est encore plus attaché qu'à tous les plaisirs de la cour, il vous supplie, monseigneur, d'agréer son profond respect.
e48. — AU MÊME.
Ferney, 4 Mptembre.
Mon héros, je suis un imbécile ; je voulais qu'elle trouvât sur sa toilette ce qui est à la gloire de son amant et de son ami. On n'a pas le temps de lire dans le pays où vous êtes, et j'avais mis le doigt sur les endroits qu'on doit lire avec plaisir.
DE VOLtAIRK (1760). 189
La lettre dont mon héros m'honore, du 26 auguste (que les Welches appellent barbarement août), a été croisée par celle de son vieux serviteur, qui lui demandait les Scythes très-humblement et très-instamment, au lieu de Mérope et après Mirope.
Je vous remercie de tout mon cœur, monseigneur, de vos bontés pour la Princesse de Navarre. La musique est charmante, et, en vérité, il y a quelquefois d'assez jolies choses dans les paroles. Je n'aurais pas osé vous la demander. Vous mettez, à votre ordinaire, des grâces dans vos bienfaits. Mais il faut que mon héros ait ]e diable au corps d'imaginer que je parle de la musique de Pandore^ sans l'avoir entendue. J'en ai entendu trois actes dans mon ermitage; madame Denis, qui s'y connaît parfaitement, en a été très-contente. M. le duc d'Aumont, qui avait pris d'autres engagements, demandait qu'une belle dame lui forçât un peu la main. Je suppose que mon ami la Borde a fait sur cela son devoir et ses diligences.
Mon héros est encore possédé d'un autre diable, en croyant que je m'adresse à M. d'Argentalpour les bagatelles du théâtre. J'en suis bien loin. Mais il est rempli de l'esprit divin, en faisant de belles réflexions sur les vanités et sur les tracasseries de ce monde. Le grand Condé disait à Chantilly qu'ayant iâié de iauf^ il était lassé de tout. Vous êtes encore dans la fleur de l'âge, vous n'avez que soixante-onze ans; quand vous en aurez soixante-seize, comme moi, vous serez bien plus grand philosophe que je ne puis l'être; vpus verrez d'un œil bien plus aguerri toutes les pauvretés de ce monde, et vous jouirez de votre belle âme en
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paix. A Dieu ne plaise que je mette les beaux*arts dans le rang des mifières dont on doit être dégo&té; cela aérait horrible en parlant au doyen de rAcadéoûe française.
Je ne sais si une tragédie nouvelle, intitulée Im Chùbre$y est parvenue jusqu'à vous; si vous vouliez vous en amuser, je vous en enverrais une édition, quoiqu'elle me soit dédiée ; vous verriez qu'on peut faire quelque chose du jeune auteur.
Agréez, monseigneur, mon très-tendre respect et ma vive reconnaissance.