A M. MALLET DU PAN K
AFerney, 17 juillet.
Mon cher ami, vieillesse et maladie ne sont pas vice. Je vous remercie bien tard; mais celui qui vint le dernier travailler à la vigne, fut placé comme le premier. Tout paresseux que je parais, je n'en ai pas été moins
* Rédactenr du Mercure, auteur de plusieurs ouvrages littéraires et politiques qui ont été le sujet de controverses passionnées. Mailet tlii Pan est mort à Londres en 1800.
charmé de la profusion de connaissances que vous étalez dans votre discours, et de la noble hardiesse avec laquelle vous parlez. Vous irez loin , je vous en assure; vous serez un des fermes appuis de la philosophie et du bon goût. Je vous souhaite toul^ les espèces de bonheur. Si vous restez où vous êtes, le travail vous soutiendra; si vous n*y restez pas , vous serez très-aimable partout où vous serez. Soyez Irè»sûr que je m^intéresse vivement à tout ce qui peut vous être agréable, et que personne ne vous est attaché plus véritablement, et sans aucun vain compliment, que ce vieil ermite de Femey, qui est pénétré de tout ce que vous valez et de tout ce que vous vaudrez.
i*f uigiiite.
Mon cher ange, puisque vous avez eu la bonté de m'adresser le paquet de M. Parfait, vous permettrez que la réponse^' passe aussi par vos mains.
Je crois toujours que plus notre avocat tardera a plaider, mieux il plaidera. Il peut perdre sa cause, quoiqull la croie bonne, et il faut qu'il y travaille comme s'il la croyait mauvaise. Il donnera son factum à l'avocat Lekain , et je crois qu'il ne sera pas mal que Lekain nous mande dans quelles pièces il veut jouer, afin qu'on se prépare. Le temps presse, il n*y a pas un moment à perdre.
Ce Patrat', dont je vous ai parlé, est réellement un
' Cette lettre manque.
* Joseph Patnt, acteur et auteur, né à Àrlea, est mort en I80i, à Bolxante-neuf ans. Ses pièces, représentées à la Comédie Italienne, ne
bon acteur, et il deviendra bien meilleur quand il sera à Paris. Je suis toujours dans le dessein de lui donner le râle du vieillard de Cydonie. Je vous supplierai de le recommander bien fortement à M. le duc de Duras; c'est non-seulement un bon comédien, mais un bon homme et fort estimable.
Mademoiselle Camille va, je crois, bientôt implorer vos bontés. Grande créature , comme je vous Tai dit , bien faite, Tair imposant, belle voix, de Tesprit, du sentiment. Elle remplacera mademoiselle Dumesnil, dès qu'elle sera tout à fait déprovincialisée. Je vous ai remercié du mémoire historique de M. le marquis de Félino '.
Je me mets à Tombre des ailes de mes anges.