A M. MARMONTEL
1« reniée 1T78.
Mon cher ami, il mè semble que vos bontés pour moi et celles de vos amis aifent aigri encore la canaille de la littérature. Je ne sais quel fripon faisant des vers a pu attraper une copie très-informe des Lois de Minos, et y ayant ajouté beaucoup de traits de sa façon, a vendu le tout à un autre fripon de libraire nommé Valade, qui débite impudemiîient cette édition sans approbation ni privilège, malgré toutes les lois de la Crète et de Paris. On me regarde comme un homme mort, dont on vend les habits à la friperie, après les avoir gâtés.
J'ignore si M% de Sartine souffrira ce brigandage.
aOi LETTRES INÉDITES
Fréron va bien triompher, et la racaille Ta bien se déchaîner. Les honnêtes gens ne sauront rien de la vérité; votre vieil ami sera conspué; il ne s'en soucie que très-médiocrement; mais c'est de votre amitié et de votre estime qu'il se soucie beaucoup.
Je présente mes hommages à l'héroïne de la tragédie' avec qui vous avez le bonheur de demeurer. Je vous embrasse tous deux à la fois de tout mon cœur.
7S2. — A M. LE MARQUIS DE GONDORGET
!•' féTiier.
A mon secours les philosophes 1 Vous savez^ monsieur, dans quel esprit j'avais fait les Lais de Minos: cela m'avait coûté des peines infinies; car j'avais mis près de huit jours à faire cette pièce, et j'en mettrais presque autant à la corriger. Voilà tout d'un coup un comédien, ou un souffleur, ou un ouvreur de loges qui barbouille cette tragédie de vers de sa façon, qui supprime ce que j'ai fait de plus passable, qui gâte le reste et qui vend le tout à un libraire nommé Yalade, * qui imprime et débite hardiment la pièce sous mon nom, sans approbation, sans privilège. Ce brigandage est digne du tripot de la comédie et de tous les tripots qui partagent votre ville.
L'avocat Belleguier me mande, de Grenoble, qu'il ne sait comment vous envoyer sa diatribe^; ayez la bonté de lui donner une adresse, et mettez un C au bas de vos lettres, de peur de méprise. Allons, combattons jusqu'au dernier soupir.
> Mademoiselle Clairon.
* SwruH sujet de prix de l'unhenUé. OBuv, camp., I. XXXI.
DE VOLTAIHE (1773). 305