‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 233 sur 405 · A MADAME NEGKER · texte numérisé non relu

A MADAME NEGKER

3 leptembrê.

Madame, je ne connais pas plus l'auteur' modeste et couronné de l'éloge de Colbert que je ne connais l'auteur^ téméraire et honni des fragments sur l'Inde. Je me doute seulement que le sage, qui a remporté le prix de l'Académie, mériterait peut-être de succéder au grand homme qu'il a si bien loué. Son principal mérite à mes yeux, jusqu'à présent, était d'avoir rendu

* Necker.

• Raynal.

justice au vôtre. Je ne connaissais pas ses grands talents» et la raison en est que je n'avais eu presque jamais rhonneur de le voir.

Je lui sais bien bon gré d*avoir un peu prêché les écononaistes et les athées. Il y a, sous le gouvernement de Dieu, du bien et du mal, comme il y en avait en France sous Tadministration de J.-B. Colberl; mais cela n*enipéche pas qu'on ne doive adorer Dieu et eslinner beaucoup J.-B. Colbert.

Nous autres, qui connaissons le prix du blé, et qui le payons encore trente francs le selier, après la récolte la plus abondante, nous savons que Jean-Baptiste était très-avisé de tenir continuellement la main à l'exportation, et nous ne l'appelons point un esprit mercantile, comme MM. les économistes Tout nommé.

Quant à feu la Compagnie des Indes, je vois, madame, que je me suis mépris ; nous avons, quelques Genevois et moi, envoyé un vaisseau au Bengale. Vous me faites trembler pour notre entreprise. Mais, dans les derniers temps de la Compagnie, on ne tremblait pas, on pleurait. Pour moi, je rirai encore, si les cinquante-neuf personnes qui sont sur notre vaisseau mangent tout notre argent et se moquent de nous, comme il y a très-grande apparence. Plus on est vieux et malade, plus il faut vivre ; la décrépitude est trop triste.

Nous présentons, madame Denis et moi, nos trèshumbles respects à monsieur et madame Necker, et c'est du fond de notre cœur.

S06. — A M. LE COMTE D'ÂRGENTAL.

i 8 septembre.

J'envoie à mon cher ange le recueil des Loit de Minos. Je ne lui envoie point la Sophonisbe de Mairet poar être fidèle à mon serment', attendu que les parjures sont punis de Dieu.

Le jeune M. Bontems, fils d'un riche banquier de Genève, a bien voulu se charger de remettre ce paquet à mon cher ange. Quand M. de Garville^ voudra, il lui remettra un autre paquet.

Il n*y a rien de nouveau entre le mont Jura et les Alpes. Ce qui serait nouveau, ce serait de jouer à Fontainebleau les Lois de Minos. M. de Richelieu me Vavait promis.

Je me flatte que madame de Saint-Julien voudra bien le faire ressouvenir de sa promesse. Je laisse cette grande affaire à la prudence de mon cher ange. Je le supplie de vouloir bien m'excuser auprès de M. de Thibou ville. Je suis si malade et si occupé de mille riens, que je n'ai pas même le temps de dicter une plus longue lettre.

Mille tendres respects à mes anges et à M. de Thibouville.

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