‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 259 sur 405 · A M. LE MARQUIS DE GONDORGET · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE GONDORGET

i 5 jain.

M. Ricard et moi, monsieur, nous vous sommes infiniment obligés de la bonté que vous aTez eue de nous écrire, au sujet du jeune homme qui donne de si grandes espérances en mathématiques. Votre lettre du 5 juin nous a cependant un peu alarmés. Nous craignons beaucoup la mauvaise compagnie; et puisque TOUS avez été si bon que de vous intéresser à notre famille, nous vous supplions de nous continuer la même bienveillance. Daignez nous dire où votre protégé en est de ses éludes, et si vous croyez qu'il puisse réussir dans la trigaudenomélrie.

Nous finissons par vous présenter nos très-humbles remerciements et par vous supplier de vouloir bien nous répondre.

Votre très-humble et très-obéissante servante Pouchay, au Lion d'Or, à Genève.

18 juin.

Mais, mon cher ange, écrivez-moi donc; ne me faites pas languir. Vous ne connaissiez pas le petit

1 Peut-être le duc de Ghoiseul, que Ton désignait comme premier ministre.

ouvrage de la Fatalité *. J'en faisais peu de cas, et je ne savais pas qu'il eût produit un très-grand bien.

Ëst-i] vrai qu'on a demandé au roi le retour de l'ancien parlement?

Est-il vrai que M. le duc de Choiseul soit revenu? M*aurait-il pas été plus beau et plus digne de lui de ne se point presser?

Voilà de bons commencements. Je suis presque fâché de mourir, quand je vois l'aurore du jour le plus heureux. Je vous ai écrit par M. Bacon. Vous recevrez ce petit paquet par madame de Sauvigny, et vous pourrez m'ouvrir votre cœur parla môme voie.

su. — A MADAME DE SAINT-JULIEN.

20 jain.

Le papillon philosophe est bien mieux que papillon ; c'est un phénix, et il faut être aussi hibou que je le suis, pour ne pas venir me prosterner devant ses brillantes ailes et son bec adorable. Mais un hibou malade ne peut pas faire ce qu'il ferait en bonne santé. Il ne peut qu'être pénétré de la plus vive reconnaissance, et attendre, quoiqu'il soit dans un âge où l'espérance n'est plus permise.

Si, lorsque vous serez lasse de tuer des perdreaux, vous voulez vous amuser à lire, je vous envoie deux rogatons que vous jetterez au feu, s'ils vous ennuient.

Votre très-obligé et très- reconnaissant. — V.

1 De la mon de Ltms XV ti de la Fatalité. V. t. XLVUI.

3?$8 LETTRES IHÉDITES

Page 1