‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 274 sur 405 · A M. LE CHEVALIER DE USLE · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER DE USLE

1 7 noTembra.

Le bon vieillard, monsieur, qui n'attend plus que le moment de quitter ce drôle de monde, yous aimera jusqu'à la fin de son rAIet. Yous faites très-bien de rester jusqu'en décembre auprès d'un prince avec qui il faudrait passer sa vie. Je vous en félicite; mais, ma foi, je le félicite aussi. Si j'étais jeune, j'enverrais tous les jours des marcassites de mes montagnes à Hl. de Fontanelle, ou de Fontenelle, pour en faire des diamants.

Je connaissais le conte plaisant mis en vers avec tant de délicatesse par un homme qui n'a jamais sacrifié qu'aux Grâces et à la Raison ' .

Je voufl remercie bien de m'avoir débarbouillé dans le conclave. Il faudrait que votre cardinal^ fût bien peu de ce monde pour me croire Tauteur d'un ouvrage dans lequel on loue un homme d'esprit, uniquement pour sa géométrie '. D'AIembert n'a pas eu la fatuité de se louer ainsi lui-même. Le fond de cette brochure,

' C'est une ironie ; il s'agissait d'un conte grossier que Robbé venaît de faire.

* De Roeheehouart.

> D'Alantort.

aujourd'hui entièrement oubliée conune toutes les autres, est d*un abbé Duvernet, qui ne sait pas ce que c est qu'un triangle. Il a été revu, corrigé et augmenté par M. de Condorcet, qui le sait très-bien^ et qui a un génie supérieur.

J'écris à M. de Fontenel, comme vous dites, avec la marque. Mais pourquoi Fontenet? Est-ce qu'il y a un Fontenet outre un Fontanelle ? Je serais bien charmé qu'il y eût beaucoup de ces gens-là qui pensent si bien. •

Quand vous reviendrez des Deux-Ponts, ne pourriezvous point I monsieur, me venir donner l'extrèmeonction en passant? Vous me consoleriez, vous me* gaieriez, vous me feriez vivre : c'est une belle action digne de vous. Il est vrai que je n'en suis pas trop digne dans l'état où je suis ; mais votre charité n>n serait que plus méritoire.

Madame Denis vous fait mille compliments ; elle joint ses prières à celles du vieux bonhomme.

Femeyi SI aoTeoibrt.

Monseigneur,

Vous ne pouvez pas m'empècher de vous appeler monseigneur. Mon évéque, prince prétendu de Genève, les grands qui m'emportent mon argent et qui ruinent ma colonie ne sont pas messeigneurs; mais l'auteur de l'édit sur les blés, le ministre humain et éclairé, le sage, le bienfaisant sera mon seul seigneur.

Vous me permettrez de vous adresser mes lettres

Dfi VOLTAIRE (1774). 88i

pour VOS apAlres d'Alembert et de Condorcêt. En voici une que je vous prie instamment de lire '.

A l'égard de la ville que j'ai eu l'insolence de bâtir, et qui est habitée par une colonie utile, elle se met sous votre protection sans aucune impatience. Vous avez de plus grands biens à faire. 11 y a cinquante maisons d'horlogers et de joailliers; mais il y en a cinq de vrais philosophes. Confucius n'est pas le seul sage que nous y vénérions.

Si j'osais vous demander deux de vos estampes^, je vous coiQurerais de daigner me les faire envoyer : il faut avoir son saint dans sa chapelle. Pardon !

Le vieux malade de Ferney.

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