‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 282 sur 405 · A M. D'AELLY · texte numérisé non relu

A M. D'AELLY

Ferney, 23 décembre.

U est triste, quand on a quatre-vingt et un ans, d'être frustré de son bien et de ne savoir pas seulement où est ce bien. J'ai environ 4,000 livres de rente sur la succession de feu M. le duc de Bouillon, par un ancien contrat homologué à la Chambre des comptes. Cette hypothèque est privilégiée, et cependant je ne suis point payé.

J'ai écrit en dernier lieu à l'intendant de M. le duc

de Bouillon d*aujourd*huiy qui ne m'a point fait de réponse. Je crois qu*il faut se mettre en règle par les formes légales. A l^égard de M. le maréchal de Riche* lieu, avec lequel j*ai Thonneur d^étre lié depuis longtemps, je n*agirai que par des prières réitérées. Son iriste procès avec madame de Saint-Yincent doit m*empécher de le presser aujourd'hui.

J'ignore si Marchant le fermier général mon parent, qui me doit toute sa fortune, a payé ; mais il faut certainement qu'il paye. Mon âge et mes maladies me mettent dans l'impossibilité d'aller solliciter mes créanciers à Paris.

Je n'ai de consolation et d'espérance que dans la bonté que vous avez eue, monsieur, de vouloir bien vous mettre à la tête de mes affaires, et de daigner me tirer du chaos où je suis. Je voudrais bien ne pas mourir endetté. J'ai fait des entreprises qui sont au-dessus de l'état et deë forces d'un citoyen obscur, tel que je le suis. J'ai bâti de fond* en comble un château asses considérable; j'ai changé un hameau, aussi affreux que pauvre, en une ville agréable, bâtie de pierres de taille, que le roi a eu la bonté de faire paver. J'ai fait venir dans cette habitation une colonie d'artistes étrangers qui font un grand commerce, protégé par M. le contrôleur général. Je n'ai demandé aucun secours d'argent au gouvernement pour l'établissement de cette colonie. J'ai tout fait à mes dépens, et je me trouve sur le point d'être ruiné, si les grands seigneurs, à qui j'ai affaire, dédaignent de me rendre justice.

▲ Fêrney, tO déoênibre.

Le vieux malade de Ferney remercie un ministre bienfaisant de vouloir bien donner à sa colonie la seule protection dont il puisse rhonorer, sans blesser les usages reçus. Il le remercie encore de la bonté qu'il a de lui expliquer les raisons pour lesquelles il ne peut exiger des fermiers généraux qu'ils donnent une petite place à Versoix.

Il est à ses pieds. S'il pouvait, après dtner, lire un moment la pièce ci-îointe*, peut-être n'en serait-il pas tout à fait mécontent : elle a été dictée par la vérité.

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