A M. MARIN
14 anguste.
Je reçois, mon cher ami, votre lettre du 1 7 auguste ou août, comme disent les Welches : j'en déchiffre une partie avec une extrême difficulté. J'entrevois d'abord, à vos pieds de mouche, que vous n'avez point reçu ma réponse à votre proposition si intéressante de venir vous retirer dans nos déserts, loin des folies etdes tra-
casseries welches. Je vous avais cependant répondu sur-le-chajnp, à la dernière adresse que vous m'aviez donnée. Je vois que Ton n*a pas les mêmes attentions que Ton avait autrefois. Je prends encore le parti de vous écrire en droiture.
Si vous passez à Ferney, comme vous me le faites espérer, vous y verrez madame de Saint-Julien , que vous connaissez, et que nous appelons le Papillonphilosophe; je vous jure qu'elle est encore plus philosophe que papillon. Madame Denis, qui a été malade à la mort, et qui se porte à présent assez bien, vous fera les honneurs de ma chaumière, et ma vieillesse languissante se ranimera par le plaisir de vous voir et de vous entendre.
Vous m'apprendrez tout ce qui s'est passé dans le monde; car je ne sais rien ou je ne sais que par à côté. J'ignore absolument TaffairedeM. Mercier' dont vous me parlez. J'ignore ce qui se passe sur tous les théâtres, depuis celui de la cour jusqu'à celui de Nicolet. Je bâtis, avec bien de la peine, des cellules pour ceux qui veulent habiter notre Thébalde.
. . . ' YejaDius, armis
Herculis ad postem fixis, latet abditus agro.
Soyez assez philosophe pour passer chez nous. Le vieux rat de campagne sera enchanté de souper librement avec le rat de ville. Mais sachez qu'il faut venir avant le mois d'octobre; nous sommes actuellement dans le climat de Naples, et nous serions alors dans
1 L'auteur du Tableau de Paris , qui venait de faire représenter le drame tiixarre, mais intéressant, de la Brouelte du Vinaigrier,
celui de Sibérie : vous vous trouveries au milieu de cent lieues carrées de neige , ce qui serait iorl désagréable pour un Provençal. — V.