‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 319 sur 405 · A M. LE MARÉCHAL DlC DE RICHEUEU · texte numérisé non relu

A M. LE MARÉCHAL DlC DE RICHEUEU

Ceux qui ont la curiosité d'ouvrir mes lettres sau«* ront donc que je suis un pauvre marchand, qui vous écrit de son comptoir par la voie de Lyon. Vous saurez donc après eux, monseigneur, que Papillon-philosophe est en effet très-philosophe, qu'elle vous est très-constamment attachée, qu'elle est aussi indignée que moi des chicanes que vous essuyez dans une af« faire qui aurait dû être finie dès longtemps. Papillonphilosophe connaît très-bien son Paris, tout rempli de papillons très-éloignés de la philosophie. Elle veut passer les étés dans ma retraite , et ne rester à Paris

que les hivers. Elle console ma vieillesse par sa généreuse amitié; elle a rendu des services essentiels à ma colonie.

Je viens enfin à bout de fonder une assez jolie ville; il est vrai que c est en me ruinant; mais on ne peut se ruiner pour une entreprise plus honnête. Quelques ministres me donnent des secours de toute espèce, excepté d* argent. Je crois qu*il y en a un ^ qui est toujours persuadé que vos anciennes bontés pour moi m'avaient autrefois rendu coupable envers lui. 11 est dans cette erreur depuis trente années. Mais on me fait espérer qu'il ne me persécutera pas, à mon âge de quatre-vingt-deux ans, dans la caverne où j'achève mes jours. L'état très-douloureux de ma santé ne me permet pas de venir affronter le fracas de Paris, et je prévois que votre procès ne sera pas fini l'hiver prochain.

Je voudrais que vous pussiez aimer votre palais de Richelieu autant que j'aime Tautre que j'habite dans mes déserts. Les éloges du maréchal de Catioat pleuvant de tous côtés; on le loue surtout d'avoir préféré Saint-Gratien à la cour de Louis XIY. Vous avez eu une vie plus longue et plus brillante que la sienne. Il passa ses derniers jours en philosophe ; ce n'est pas un mauvais parti. Serais-je assez heureux pour que vous prissiez un jour le chemin de ma chaumière en allant à Richelieu? Je n'ose m'en flatter. Il serait beau ' que le vainqueur de Mahon n'oubliât pas un serviteur qui vous est attaché depuis pi us de cinquante ans. Une

* M. de Maurepu.

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telle bonté ne peut être désapprouvée par personne. Qui oserait m'envier une consolation si touchante sur le btrd de mon tombeau? Quoiqu'il arrive, conserve!moi un souvenir qu'assurément je mérite* — Y*

Monseigneur en dépit de vous.

Madame de Saint-Julien , la sœur de notre commandant', n'ose vous dire que vous avez été son prix'. Je dois vous apprendre qu'elle l'a gagné les armes à la main, et que vous lui appartenez par le droit de la guerre. 11 est juste qu'elle voie sa conquête. Pour moi, qui ai le malheur de ne plus vivre auprès d'elle, j'ai besoin de consolation , et j'en cherche dans le plaisir de vous renouveler mes hommages, mon attachement et mon respect.

Le vieux de la montagne.

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