A MADAME DE SAINT-JULIEN
16 oetobre.
Notre protectrice pousse ses bontés jusqu'à m'envoyer aujourd'hui du vin de Bourgogne par un médecin ; c'est, je crois, la première fois que la Faculté s'est chargée de pareilles recettes.
Je conmience en vous remerciant, madame, par goûter de votre julep, qui est excellent. Tous les biens m'arrivent à la fois par vos bontés; car M. Turgot me fait l'honneur de me mander que la destinée de notre petit pays est toute arrangée. Il ne parle que de vous dans sa lettre, et des phx que vous remportez à l'arquebuse, et de la bienveillance dont vous honorez
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notre petit pays. Il daigoe m'assurerqu'iaeessamment tout sera consommé. Grâces vous soient rendues, madame, et puisse M. de Trudaine achever au plus vite ce qu*il a si bien commencé, afin que toutes les formalités soient observées, et que notre pays soit délivré de MM, les commis, qui sont plus importuns que jamais!
Je me croirais heureux si j'avais de la santé. Je vous dois le bouheur de la patrie que je me suis faite. Mais vous, madame, étes-vous aussi heureuse que vous méritez de Télre ? Permettez-moi de vous demander si tous vos arrangements ont réussi. Restez-vous dans votre maison de la rue de Richelieu? Passez-vous vos journées à la chasse ou dans voire lit? Avez- vous secouru quelque autre province depuis que je n'ai reçu de vos lettres? Allez-vous à la Comédie, à l'Opéra? Soupez-vous avec trente personnes en téte-à-tête ? Comment gouvernez-vous M. de Richelieu? Pardonnezmoi toutes mes questions. Est-il vrai qu'il y ait une forte et dangereuse cabale contre M. Turgot? Je veux bien croire qu'il y a des gens qui craignent sa probité «I son génie, mais je ne crois personne en état, de le déposséder ou de le remplacer. On nous avait mandé sur son compte les nouvelles les plus fausses et les plus ridicules : votre Paris est plein de langues et d'oreilles; mais pour de bons yeux, il n'y en a guère.
Je voulais vous parler de votre clergé ; mais j'aime mieux vous remercier d'avoir obtenu pour moi du bois de chauffage. Comment avez-vous pu vous souvenir de cette bagatelle? Vous n'oubliez rien; vous êtes essentielle dans les petites choses comiuc dans les grandes.
Je Q*0S6 plus écrire à madame de Gouvernei k douairière» puisqu'elle n'a pas reçu ma lettre. Je lui souhaite la santé que je n'ai point , le repos que quelques personnes veulent m'6ter et une très-longue vie.
Agréez^ madame, mon tendre respect.