‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 33 sur 405 · A MADAME DE SAINT-JUUEN · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAINT-JUUEN

A Feruty, S8 octobre.

Je ne sais, madame, si tous avez reçu une lettre que j*eus l'honneur de vous adresser à la Grange-Batelière, il y a environ un mois. Il me souvient que dans le temps où vous honorâtes mon couvent de votre apparitioUi vous me dites que les lettres qu'on vous écrivait étaient quelquefois reçues par votre ex**mari ; il aura vu que je suis un galant presque aussi dangereux que Moncrif, quoique je ne sois pas si bien coiffé que lui, et voilà à peu près tout ce qu'il aura vu. Je crois que je vous parlais encore d'un galérien. Enfin je suis curieux de savoir si ma lettre vous est parvenue : je serais encore plus curieux, madame^ d'apprendre ai vous êtes heureuse, si votre brillante imagination vous lait goûter les plaisirs des illusions, ou si vous en avez de réels; si vous tuez des perdrix ou si vous vous con« teotev de tuer le temps; si vous avex vu mademoiselle Durancy', et si vous en avez été oontente; si vous avez lu le procès de Hume et de Jean-Jacques, et s'il vous a fait bftiller.

N'alleï-vous pas mettre M. Thomas de l'Académie?

> 06 k Comédie françaUe. fille avait d*abord débuté tans «looèfl à rOpéra. n paraît qu'elle ne fut pas meilleure comédienne que chan^ leose. Ansfti mademoiselle Darancy est-elle moins connue par son Ulent que par un Jeu de mots un peu leste âe Sophie Amould sur son nom.

L'abbé de Yoisenon ne lui refusera pas sa voix; le public lui donne la sienne. Pour moi, madame, je vous donne la mienne; car vous avez plus de goût et d'esprit que toute notre Académie ensemble.

Je suis bien content de M. le duc de Choiseul ; c'est une belle ftme. Je me mets à vos pieds, madame.

;S02. --- A M. LKCOMEE.

Z nawaÙKtt.

Je me flatte, monsieur, qu'il y a en chemin quelque paquet de vous, et que vous n'avez pas abandonné mon ami.

Je vous prie de me dire quel est l'auteur des Plagiais de «/.-/. Rousseau ^ Ce livre se débite chez Durand, rue Saint-Jacques. Faites-moi le plaisir de vous en informer*

Savez-vous quel est l'imprimeur du procès de l'ingrat Jean-Jacques contre son bienfaiteur M. Hume? On dit que les pièces du procès couvrent Jean-Jacques de ridicule et d'opprobre, et qu'enfin ce Diogène genevois est démasqué.

Adieu, monsieur; n'oubliez pas un homme qui vous aime véritablement.

s BOTBBlbK.

Nous verrons, mes anges, si ce petit paquet sera encore soufflé comme les autres. Vous connaîtrez J.-J. Rousseau; il est digne de se lier en Angleterre avec Déon et Vergy. Il est vrai qu'il n'y a point de ga-

^ Dom GaMt, BinédlcUn. Un volume iii-8«.

lères en Aogleterre; mais les Anglais ont des lies et possèdent le grand pays du Canada, où ces messieurs ne figureraient pas mal parmi les Hurons.

Les Genevois sont devenus fous A'Olympte; on la joue tous les jours, et à trois heures il n'y a plus de place. Tâchez donc que cet hiver mademoiselle Durancy puisse inspirer à Paris la même folie. Tout le monde a vu Olympie^ hors moi, qui suis dans mon lit. Ne pourrai-je vous donner encore une tragédie avant de finir ma carrière ? Il faudrait que les fripons de la littérature ne dérangeassent pas mon repos et ne me fissent pas perdre un temps précieux. Je suis enchanté de M. Marin, et je vois, par les services qu'il me rend, combien il vous est dévoué.

Respect et tendresse.

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