‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 34 sur 405 · A M. LAGOMBE · texte numérisé non relu

A M. LAGOMBE

SI novembre an Mlr.

Je reçois votre paquet, monsieur. Ilyaàlapage 152, ligne 14, procrivit pour proscrivit. Je me souviens qu'il y avait aussi quelques fautes dans la pièce. Je ne peux vous les indiquer, parce que j'ai envoyé l'ouvrage au roi de Prusse, qui m* avait demandé si je ne pouvais pas lui faire avoir quelques vers nouveaux de Paris.

La justification de Jean-Jacques est d'un sot; il méritait au moins d'être défendu par un fou qui eût de l'esprit.

Quand vous aurez achevé votre besogne , je vous supplierai de vouloir bien, monsieur, m'envoyer deux exemplaires que je garderai fidèlement; l'un est pour ma nièce, l'autre est pour moi.

M LBTTRBS INlaHTES

Je voui demande eneore en grâce de ne poinl ouvrir voire glacière au public de plue de quinze jours aprèe rimpression; la raison en est qu'on va donner au théâtre quelque chose de fort chaud, à ce que Von dit, et que la glace du Triumvirat pourrait trop refroidir le public sur les petits pâtés tout chauds qu'on va lui donner. Je vous confie tout cela sous le plus grand secret* Je crois qu'il est de votre intérêt de temporiser au moins quinze jours, et peut*étre trois semaines. Vous sentes bien que, si les pâtés tout chauds étaient mangés avec plaisir, votre fromage à la glace serait bien mieux reçu.

La lettre â M* le docteur Pansophe n'est assurément point de moi; on m'assure qu'elle est de l'abbé Goyer, et je crois y reconnaître son style. Elle est fort jolie, à quelques longueurs et quelques répétitions près. Mais il est fort mal à l'abbé Coyer de mettre sous mon nom une chose que je n'ai point faite. C'est un procédé qui me taii beaucoup de peine. Je vous prie très*instamment de désabuser oeui qui croient que cette lettre est de moi.

Recevez mes très-tendres amitiés, monsieur. Votre très-humble et obéissant serviteur.

t8 notembre.

Je reçois la lettre de mes anges datée du 22. J'envoie à M. le duc de Praslin un second exemplaire du livre de jurisprudence qu'il m'a ordonné de lui faire parvenir'. Je le mets dans un paquet à son adresse.

* U Comfnentaire sur le IWre Des DéliU e$ des peines, de Beccaria.

DE VOLTAIBI (1766). 35

J*eDyoie ce paquet à M. JaûDsl ayec un autre exemplaire du même livre en feuilles , que j'ai reçu de Franche-Comté, et dont je lui fais présent.

La perte du paquet de M. le duc de Praglin me fait craindre pour la tragédie que j'avais eu Thonneur de lui envoyer. Le manuscrit lui fut dépéché dans le paquet de M. le chevalier de Beauteville. Je vous ai envoyé des corrections depuis , les unes adressées à M. le duc de Praslin, les autres à M. Marin, sous le couvert de M, de Sartines. J'envoie aujourd'hui au môme M, Marin Y Avis sur le procès des Sirven^ dont les exemplaires sont devenus très-rares.

Vous voyez, mes chers anges, que je suis un homme exact, quoique les faiseurs de tragédies n'aient pas cette réputation. M. du Clairon S qui n'a fait que la moitié d'une tragédie, n'est point exact. Il ne serait pas mal que M. le duc de Praslin eût la bonté de l'engager à faire les recherches nécessaires. Je suis convaincu que c'est un nommé La Beaumelle qui a envoyé à Amsterdam, au libraire nommé Schneider, mes prétendues lettres, avec les additions et les notes les plus criminelles contre le roi et contre les ministres. Cela est si vrai que dans une édition d'Avignon, sous le nom de Lausanne, l'éditeur dit : Nous n imprimons pas les autres lettres, parce que M» La Beaumelle les a déjà données au public.

Ce La Beaumelle est un petit huguenot, autrefois réfugié, confiné actuellement en Languedoc, sa patrie. U travaille toujours de son premier métier ; il avait

^ GmuoI à Amterton , auteur d'une tms^o de ctmimll, mort en 1809.

falsifié ainsi le Siècle de Louis XIV; il l'avait chargé de notes horribles contre la famille royale. Il fut enfermé à BicêtrCy où il devrait être encore. Le fou de Yerberie * n* était pas assurément si coupable que lui.

Mais mon dibi me tient bien plus au cœur. Je suis en peine de savoir si mes anges ont reçu tous mes paquets gros et petits.

Si d'ailleurs ils trouvent le nom de Smerdis trop désagréable pour des Français, il n'y a qu'à prononcer Serdis aux deux premières représentations; après quoi on restituera au prince d'Ecbatane, fils de Cyrus, son nom propre.

J'écris en droiture à mes anges toutes ces petites lettres, afin qu'il n'y ait point de temps perdu. Je me recommande à mon ordinaire à leurs extrêmes bontés qui font la consolation de ma vie.

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