A M. TISSOT
On exige, monsieur, que je fasse des démarches en faveur d'une dame Dhuc, de Béthvsy, dont le mari vient de mourir en Saxe d'une mort fort extraordinaire. Je me souviens d'avoir donné à diner, il y a cinq ou six ans, h ce M. Dhuc, qui était un marchand de Lyon, retiré auprès de Lausanne.
On m'assure que vous avez été leur médecin, et que vous êtes très-bien informé de leurs afifaires.
Ils avaient une petite maison de campagne auprès de Lausanne, nommée Béthusy, et ils ont pris en Saxe le nom de comte et comtesse de Béthusy.
Ce marchand étant mort empoisonné, on soupçonna la veuve et un de ses parents nommé C, qui avait obtenu un titre de colonel en Pologne, sans avoir servi.
Ce M. C, après la mort du marchand, se chargea alors d'aller voir à Lausanne si le défunt avait fait un testament ; il devait accompagner à Lausanne un fil$ du défunt. N'ayant point d'argent pour partir, il prit quelques diamants de la veuve, la montre, la bague, la tabatière et le pommeau d'or de la canne du décédé. Mais, en partant, il dit à la veuve : a Je ne puis me « résoudre à aller à Lausanne; j'ai pensé y être roué « pour vous ; je ne veux plus m'exposer àce danger. »
Après avoir tenu ce discours, il prit la route de Berlin, au lieu de prendre celle de la Suisse. Il fut arrêté.
DE VOLTAIKE (1716). 465
mis aux fers à Berlin, conduit en Saxe, et on instruit actuellement le procès criminel de ce colonel polonais et de cette marchande comtesse de Béthusy.
On m*assure que ce propos de M. C. : « Tai manqué d*être roué pour vous à Lausanne , » n*est pas aussi criminel qu*il parait Tètre, et que ces paroles n*ont de rapport qu'à une insulte qu'on voulut faire à Lausanne à la prétendue comtesse, dont ce M. C. avait pris la défense. On m'ajoute que vous êtes très-instruit de cette affaire.
C'est donc à vous, monsieur, que je m'adresse avec confiance pour avoir quelque lumière. Je ne dois m'intéresser à une telle aventure, et implorer la protection des puissances en faveur des accusés, que lorsque je serai entièrement au fait et que j'aurai des preuves de leur innocence. C'est ainsi que j'en ai usé dans les terribles aventures des Sirven et des Calas.
Pardonnez-moi donc mon importunité ; faites-moi connaître la vérité, dont vous devez être instruit, et soyez persuadé de l'estime infinie et de tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre, etc.
VOLTAIBE, Gentilhomme ordinaire du roi de Frtnee.