‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 368 sur 405 · A M. NECKER · texte numérisé non relu

A M. NECKER

A Feney, 6 octobre.

Grand homme vous-même, monsieur; mais je ne consentirai jamais que Shakespeare en soit un si re-^

fiiQ LETTR» ÏMÉUmA

doutable pour la France qu*0D lui immole Corneille at Bacinç. Je suis assea comme ceia qu'on appelle les insurgents d'Amérique; je ne veux point être rescla?e des Anglais. Je n*ai écrit à F Académie cette lettfe dont vous me faites l'honneur de me parler, que pour me justifier d'avoir été le premier panégyriste en France de la littérature anglaise. Ce n'est pas ma faute si on a abusé des louanges que j'avais données aux bons auteurs de ce pays-là, et si on a voulu me casser la tète avec l'encensoir même dont je m'étais servi pour les honorer. Ma lettre était d'un bon Français qui combattait pour sa patrie, et qui ne voulait point que Paris fût subjugué par Londres.

Croiriez-vous bien, monsieur, que des gens charitables, qui assistèrent à rassemblée publique de la Saint-Louis, allèrent répandre dans Versailles que ce petit écrit était un ouvrage contre la religion ! On Ta dit à des personnes principales, qui n'ont pas le temps' de lire nos bagatelles académiques, et qui ont cru sérieusement cette calomnie absurde. Je crois que madame Necker était à l'Académie ce jour*là, Elle doit aimer la solennité de la Saint-Louis; elle y a vu couronner un beau panégyrique du grand Colbert. Elle sait s'il a été le moins du monde question de religioo. Elle doit être bien étonnée de cette accusation nou* velle ; mais vous savez trop Tun et l'autre qu'il ne faut être étonné de rien, et surtout dans le pays où vous

Au reste, je sais bien bon gré à ce Shakespeare, qui m'a valu, iponsieiir, ube charmante lettre de votre part; elle m'a consolé dans les oialadies crudles dont

DB VOLTAIRB (1776). Mi

je suis accablé sur ia fin de ma vie» Madame DeniS| qui, de eon côté, a craint d*élre attaquée de la poitrine, se disposait il y a uil mois à faire un voyage 4 Paris pour demander de la santé à M* Tronchin. Je l'aurais accompagnée si j'en avais eu la force, et vous et madame Necker vous auriee été un des premiers objets de ma course. Mais je vois bien qu'il faudra que je meure sur les bords de votre lac, sans revoir ceui de la Seine. Nous sommes tous deux transplantés, mails TOUS ui hgaiu^ et moi un peu ut profugus.

Je vous supplie, monsieur, vous et madame Necker, de conserver un peu d'amitié pour ce vieillard de Fer* ney, qui vous sera attaché à tous deux avec la plus respectueuse tendresse jusqu'au dernier moment de sa vie.

iOOe. — A M. LE CONTROLEUR GÉNÉRAL (M. db Clugny).

A Ferney, 6 octobre.

Monseigneur, quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, et que je craigne l'indiscrétion d'importuner pour des affaires particulières un ministre chargé de celles d'un grand royaume, souffres cepen- AhVkK que je vous présente la requête d'un village.

Ce village, situé & l'extrémité de la France, entre Genève et la Suisse, allait devenir une ville florissante, et pourra même encore l'être s'il mérite votre protection. Il n'est composé que d'étrangers que j'ai établis à grands frais. On y fabrique des montres beaucoup mieux qu'à Genève, et le sieur Lépine, horloger du roi| l'un des plus habiles de l'Europe, y a son compH

Ml LETTRES INÉDITEi^

toir et ses ouvriers. Oh y travaille d'un côté pour Paris, et de Tautre pour le Bengale. Les Anglais nous ont préférés aux ouvriers de Londres, parce que nous travaillons à moitié meilleur marché. Cet établisse* ment, fait à la porte même de Genève, pourrait, en peu d'années, partager tout le commerce des Genevois, si vous daignez le favoriser.

La plupart des aiitres fabriques ont demandé au roi des encouragements en argent. Celle-ci ne demande que la liberté de travailler. Vous jugerez, monseigneur, de ce qu'on peut faire pour elle. Je mets à vos pieds leur mémoire, et je me borne à attendre les ordres que votre équité et votre bienfaisance voudront bien donner.

J'ai rhonneur dMtre, avec beaucoup de respect, monseigneur, votre, etc.

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