A M. L'ABBÉ MORELLET
8 octobre.
Non-seulement, mon très-cher philosophe, vous me rendez de bons offices, mais vous obligez toute une province; je vous remercie en son nom et au mien; nous vous devrons à vous et à madame de Saint- Julien notre salut et notre liberté.
J'avais écrit positivement à M. de Trudaine que nos États acceptaient ses propositions et ses bienfaits avec la plus grande soumission et la plus vive reconnaissance. Ma lettre portait expressément que, soit qu'on nous donnât le sel au prix de Genève, soit que nous l'achetassions de nos voisins, le bienfait était égal.
DE VOLTAIRE (HlC). ÎM3
Nous sommes bien loin de faire aucune condition; nous nous en sommes toujours remis emièrement à la volonté et à la justice du ministère.
11 est certain que la somme de quarante mille francs que les fermiers généraux exigent est exorbitante; la province est hors d'état de la payer; elle est pauvre, et qui pis est, accablée de dettes. S*il fallait acheter si chèrement notre liberté, je m'offrirais à payer la plus grande partie de cet impôt que les fermiers généraux veulent mettre sur nous ; mais ma colonie me ruine. On ne peut à la fois b&tir une ville et payer pour une province.
J*espère que M. de Trudaine, qui connaît mieux que moi Tétat du pays de Gex, daignera prendre à son ordi* naire les arrangements les plus équitables. 11 sait que la ferme générale ne relire pas à son profit plus de sept mille Ijrancs par an de notre province; nous nous épuiserons pour en donner le double.
Tout cela, mon cher docteur, n*est ni sorbonique ni philosophique; mais vous êtes encore plus citoyen que théologien; je m*en rapporte à vous.
Je vous embrasse le plus tendrement du monde. Le vieux malade de Ferney.