‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 37 sur 405 · II · texte numérisé non relu

II

SO , LETTRES IMtDlTES

du 29, SOUS le couvert de M. le duc de Praslin.

Pardon de tant de lettres, mais on ne peut s'expliquer qu'avec des paroles.

Comptes que ma douleur n'est pa& le plus ¥if de mes sentiments.

T«iidr«4i «tt loir, % jmvkr 1767.

On prétend dans Ferney, mon cher ange, que j*ai eu hier une petite attaque d*apopleiie« Vous voyez bien qu'il n'en est rien, puisque je suis toujours Dictateur. J*en ai été quitte pour me mettre dans mon lit pendant trois heures, et je me suis tiré d'affaire tout seul. Je ne saisi pas encore si je me tirerai aussi heureusement du danger où m'a mis ce misérable Janin, contr^ur du bureau de Sacconex, entre Femey et Genève. J'étais certainement tombé dans l'apoplexie la plus com^ plèlLe, quand j'ai été assez imbécile pour penser que ce coquin ne me ferait point de mal, parce que je lui avais fait du bien, parce que je l'avais logé et nourri, et que je lui avais prêté de l'argent. J'avoue donc qu'à soixante-treûe ans je ne connais pas encore leshonunes, du moins les hommes de son espèce.

Votre protégée me fait saigner le coeur; c'est assurément une femme de mérite. Elle est actuellement en Suisse, au milieu des neiges; elle n'en peut sortir, et certainement je ne la ferai pas revenir par la route de Genève, pour la faire passer devant les bureaux où elle est guettée. J'ai le plus grand soin d'elle dans la retraite où elle est. ËUe ne iqanque de rien, et il ne lui en coûte rien. Tout ce qui esi dangereux, encore une fois, c'est

Dfi VOLTAIIffi (1767). ^ 5i

qne ce scéldrat de Jasia a déclaré le véritable Dom de eeite personne. Heiireusemenl eelte déclaration n'est pas juridique; mais elle peut le devenir. Il n*j a rien que je ne fasse pour faire chasser ce monstre, et je compte que vous ne perdrez pas un moment pour dres* ser vos batteries, et pour exiger de M. de LaReyniëre qu^on le révoque sur-le^hamp» sans lui donner jamais d'autre emploi. Il ira prendre, s'il le veut, celui de garçon du bourreau; il n'est guère propre qu'à cela. Si j'étais plus jeune, je le ferais mourir sous le bâton.

Madame Denis est toujours dans la ferme résolution de ne point payer le prix de son carrosse et de ses che^ vaux, et moi dans le dessein invariable d'aller mourir hors de France, si on fait cet affront à ma nièee; car si elle est condamnée à perdre ses chevaux et son carrosse, elle est visiblement condamtée comme complice de votre protégée et comme convaincue d'avoir envoyé en France des livres abominables. Elle serait délestée et déshonorée dans un pays de bétes brutes, où la superstition a établi soù domicile. U n'y aurait, en ce cas, d'autre parti à prendre qu'à brûler le château que j'tt bâd.

Yoilà, mon divin ange, tout ce que l'état le plus doolouieux du monde me permet de vous* écrire sur cette abominable aventure.

Je vais répondre actcellement dans une autre lettre à totit Ce que vous me mandez sur les Scythes. Ces deux lettres partiront pouf Genève demain samedf, 3 janvier, avant que faie reçu celtes que madame Dénis et moi nous attendons de vous ^ur cette cruelle affaire.

M. l'ambassadeur a qvritlé, comme vous save2, Ge-*

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nèTe incognito; il a passé deux jours chez moi. Je pourrais bien aller lui rendre sa visite et ne revoir jamais Ferney. Le bon de l'affaire est que je lui ai prêté tous mes chevaux, et que je n'en ai pas même pour envoyer chercher un médecin. Tant mieux, je guérirai plus vite; mort ou vif, mon trës*cher ange, je vous idolâtre toujours de tout mon cœur.

Votre protégée m'écrit qu'elle part dans le moment à cheval pour retourner à Paris. Vous voyez qu'elle a le courage de son frère ; mais ils ne sont pas heureux dans cette famille-là, ni moi non plus, ni les Genevois non plus. Les affaires empirent de quart d'heure en quart d'heure. Mylord Abington, qui est haut comme un choux, a déjà tué une sentinelle, à ce qu'on vient de me dire; mais on dit beaucoup de sottises, et je ne peux savoir encore la vérité, parce que les portes de Genève sont fermées.

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