‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 38 sur 405 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Dimuche ioir, 4 jantier.

En attendant que je reçoive demain une lettre de vous, mon divin ange, sur cette malheureuse affaire, je dois vous instruire de tout dans le plus grand détail.

Cette femme innocente et infortunée est en route, comme je vous Tavais marqué. Mais ce nom de Le Jeune, sous lequel elle était venue, me fait toujours trembler. Son mari lui avait donné un billet pour les Cramer, dans lequel il spécifiait les marchandises qu'elle devait acheter. Les Cramer, qui sont mes libraires, n'ont point de ces effets dangereux; ils n'impriment que mes ouvrages.. Elle s'adressa à un autre

et lui laissa par malheur la note de son mari, signée Le Jeune^valei de chambre de AI. -D***. C'était une notç particulière de son mari à elle : il faut qu'elle soit tombée par mégarde, quand on faisait ses petits bal* lots; car elle est très-prudente et ne compromet personne. Je retirerai ce billet; n'en soyez point en peine; ne grondez point votre valet de chambre, et encore moins cette pauvre femmo ; ce qui est fait est fait : il ne s*agit que de se tirer de ce bourbier.

Après nous être tournés de tous les sens, il nous a paru que le procès criminel contre la Doiret était trop dangereux, parce qu'elle est trop connue sous le nom de Le Jeune, parce que tous nos domestiques seraient interrogés ; parce que cette femme ayant demeuré huit jours avec eux, ils ont su qui elle est et qui est son mari; parce qu'enfin ayant resté plusieurs jours chez nousets'étant servie de notre équipage, nous sommes présumés être ses complices, quoiqu'assurément nous en soyons bien éloignés. Le mieux est sans doute d'étouffer l'affaire; mais comment s'y prendre 7 Je n'en sais rien, au milieu de mes neiges, avec un quart d'apoplexie et la faiblesse où je suis.

Je pense même que M. le vice-chancelier y sera fort embarrassé; il ne le serait pas si vous étiez son ami intime. Je crois pourtant que vous étiez assez lié avec lui quand il était premier président. Enfin vous êtes sur les lieux ; mais peut-être un vieux vice-chancelier n'a point d'amis, et moi j'ai beaucoup d'ennemis. Vous savez que je n'ai absolument rien à me reprocher; mais vous savez aussi que cela ne suffit pas.

Je persiste entièrement dans mon premier avis, qui

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est que M. le vice-chancelier se fosse représenter lés malles adressées à la dame Dairet, de CMlom^ qu'il lasse brûler secrètement ce qu'elles contiennent, et qu*il laisse madame Denis disputer son droit en matière civile contre la saisie illégale de ses équipages. Il est certain que cette saisie ne peut se soutenir en justice réglée; les commis mêmes ne l'entreprendront pas. Cette tournure, que je proposai d* abord, me parait encore la meilleuie de toutes, quoiqu'elle me soit venue dansTespril, et que je n'aie pas d'ordinaire grande foi à mes expédients.

Madame Denis vous embrasse cent fois. Elle est consternée et malade; je serais au désespoir de la quitter dans cet état.

Voici cependant un exemplaire que vous pourrez faire lire à Lekain. Je vous adresserai bientôt l'ouvrage avec la musique en marge. Vous voyez que Tétat horrible où je suis ne me fait pas négliger les belleslettres, qui sont, après vous, la plus douce consolation de ma vie.

Adieu, mon très-cher et très-adorable ange.

m. — AU HÉBfE.

La poste part dans le moment; nous n'avons que le temps de dire que nous venons de recevoir la copie du mémoire de mon cher ange à M. le vice-chancelier. Malheureusement ce mémoire contredit toutes nos requêtes; nous avons toujours articulé que nous ne connaissons pas la dame Doiret. Nous avons commencé un procès contre elle, et tout cela est très-vrai.

Mon chcfr ange^it dans l6 mémoire que la Doiret e^ cousine de la femme de charge du château : c^est nous rendre évidemment ses complices. Nous conjuroos mon cher ange de dire qu*!! s'est trompé , comme il s*est trompé en effet. Cela n*arriTe pas souvent à mon cher ange; mais quand il s'agit de faits, le pape même n*est pas infaillible. Au nom de Dieu, tenez vous-^n à notre dernière requête à M. le vice^^hancelier. Je vais dans le moment à Soleure rendre compte de plusieurs «Maires importantes à M. l'ambassadeur.

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