‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 375 sur 405 · M7. — A LA MÊME · texte numérisé non relu

M7. — A LA MÊME

A Ferney, S janvier 1777.

Votre vieux malade , madame, a eu Thonneur de vous écrire par M. de Fontaine. Il ne sait ni où vous demeurez, ni si vous avez reçu sa lettre. Il ignore, au milieu de ses neiges, tout ce qui se fait dans Paris et à Versailles. Il ne sait autre chose sinon que, quand il mourra, vous perdrez un serviteur aussi attaché qu*inu* tile. L*état où il se trouve, plus détestable que jamais, le met dans l'incapacité de vous écrire une lettre raisonnée et même raisonnable. M. de Grassy, qui se porte bien, vous fera un long détail de toutes nos misères auxquelles je ne crois pas qu'il y ait de remède. Il faut savoir soufPrir de toutes les façons. Le rude hiver que nous éprouvons me décourage. La nature est si horrible que je n*ose espérer un printemps.

Je vous souhaite, madame, une bonne année et de beaux jours. Il n'aurait tenu qu'à vous de me donner du moins un bon quart d'heure, en m'écrivant un mot. Mais il n*y a personne au monde avec qui les absents aient plus de tort qu'avec vous. Vous les oubliez entièrement pendant l'hiver, et vous leur reprochez, l'été, de vous avoir oubliée. Il y aurait de la folie à moi si j'osais espérer de vous faire encore ma cour cet été. Je me borne à le désirer passionnément.

Je ne vous parle point de cet ouvrage que vous avez

VU naître, el qui n'était pas fait pour être traité par un homme de quatre-vingt-trois ans. Comment tous parlerais-je de mpn dernier enfant? J*ignore si vous avez encore la moindre bonté pour le père. Si vous m'honoriez encore d'un reste de souvenir, vous daigneriez m'instruire, par M. de Crassy, de toutes les choses dont je n'ose vous parler, ne sachant pas si ma lettre vous parviendra.

Je me mets à vos pieds à tout hasard.

1018. — A M. MARIN

14 janvier.

Vous ne m'écrivez, monsieur, qu'une lettre du jour de l'an. C'est bien à la vérité une marque de souvenir; mais ce n'est pas une marque d'amitié. Vous avez donc renoncé aux affaires et aux belles-lettres; vous les jugez apparemment les unes et les autres tombées en décadence à Paris. Cependant les belles-lettres consolent toujours, pourvu qu'on ne se commette pas avec le public.

Vous ne me dites rien de votre ami l'homme hardi et éloquent. J'ignore où il est à présent. Il m'était venu voir avec M. Panckoucke l'automne dernier. Est-il vrai qu'il a quitté la France? On prétend qu'il s'est retiré à Bruxelles, et de là à Maestricht ; une place frontière de la Hollande n'e^t pas trop faite pour un homme de ses talents et de son caractère. Tout ce qui est arrivé depuis quelque temps à des personnes que vous avez connues est assez extraordinaire. Ce qui ne m'a pas médiocrement étonné, c'est qu'un fils de M. Lépine, horloger du roi, bien connu de vous,

KSS LETTRES INÉMTES

jeune homme de quinxe à seiie and, tout au plus, i^ienty par le crédit de son oncle, d'être fait capitaine d'artillerie, et est parti en cette qualité pour nos tt«B. Il était, Tannée dernière» apprenti horloger dans ma colonie. On voit tous les jours de ces diangements de fortune. Je me flatte que tous assez affermi la yAtre pour ne rien craindre et ne rien désirer. C'est là, ce me semble, la bonne philosophie ; et c'est ce que les querelles littéraires, ni même celles de la cour ne donnent guère. Comptez que je m'intéresse bien véritablement, monsieur, à tout ce qui peut faire votre bonheur. Ma philosophie consiste à présent dans le repos et l'amitié. Conservez-moi la vôtre; elle sera la consolation de ma vieillesse. Votre, etc.

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