A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU
J'ai reçu, monseigneur, votre petit billet, qui est une espèce de lettre de change sur M. Marion. Ni lui ni l'abbé Mignot ne m'ont écrit; mais vos quatre lignes me Suffisent. Plût à Dieu que M. le duc de Wurtemberg et M. le duc de Bouillon m'en écrivissent autant 1 Je suis pénétré de votre bonne action, et de la gr&ce que vous y mettez. Vous ne sauriez croire quel bien vous me faites en versant ce baume sur mes blessures. Je trouve que ma destinée est réformée à la suite de la vôtre; j'ai un procès bien triste, tandis que vous en avez un bien exécrable. Mais je suis toujours plus sûr du vôtre que du mien. Il me parait impossible qu'on ne vous rende pas à la fin la justice qu'on vous doit. L'affaire est trop criante, et la vérité en est trop pal*
DB VOLTAIRE (1777). tm
pable. Je ne crois pas qu*il y ait eu un pareil procès depuis celui de la faussaire de Robert d* Artois. On dit que parmi les épines du barreau vous avex conservé toute votre gaieté, comme toute la noblesse et la hau« teur de votre âme; je n*en suis point surpris: vous serez toujours supérieur aux autres hommes.
Conservez, je vous en supplie, vos bontés à un vieux serviteur qui vous sera attaché jusqu'à son dernier moment avec le plus tendre respect.