A M. DUTERTRE
A Feraey, 18 fétrier.
Dans le triste état, monsieur, de mes affaires et de ma santé, votre lettre du 21 février me console. J'espère que vos bons offices pourront à la fin me tirer de rembarras où je suis avec la succession de M. de Laleu. Il est clair, que si j*étais payé de M. le duc de Bouillon, je ne devrais plus rien à personne dans Paris. J'ai eu rhonneur de vous écrire sur cette affaire, qui m'est très-importante. Je vous ai prié de vouloir bien m'instruire si M. d*Ai11y m*a conservé mon hypothèque ancienne, en transportant la dette dont M. le duc de Bouillon est tenu envers moi. Celte dette était homologuée à la chambre des comptes, et me répondait de mon payement. M. d*Ailly Ta transférée sur le gouvernement d'Auvergne, et j'ai bien peur d'avoir perdu, par ce changement, la sûreté de ma créance.
J'avais prié mon neveu, l'abbé Mignot, de vous en parler. Votre silence sur cette affaire ne laisse pas de m'alarmer. Je vous demande en grâce de m'instruire, et de vouloir bien ordonner à votre homme d'affaires
de presser toutes les démarches qui peuvent accélérer moD payement.
Je ne profiterai plus de la bonté qu avait M. de La Borde de me faire toucher mille écus par mois pour les dépenses de ma maison.
J*avais fondé une colonie assez florissante; mais les malheurs qui sont arrivés coup sur coup précipitent la destruction de cet établissement. J*ai des sommes immenses à payer au mois de juin; et des princes souverains, qui me doivent beaucoup d'argent, me laissent sans secours, de façon qu*avec un revenu considérable je suis à la veille de manquer, et menacé de mourir chargé de dettes.
Dans cet état, monsieur, je n'ai d'espérance que dans l'amitié que vous voulez bien me témoigner. Je vous prie de me la conserver, et de me faire réponse touchant l'affaire de M. le duc de Bouillon.
J'ai l'honneur d'être, avec ]a reconnaissance que je vous dois, monsieur, votre, etc.
iOîl. — A M. L'ABBÉ DUVERNET.
Femej, 10 aTril.
Le vieillard malade, ou plutôt mourant, à qui M. l'abbé Duvernet a écrit, compte parmi ses plus grands maux celui de ne lui avoir pu répondre avec exactitude. M. l'abbé ne doute pas que le pauvre solitaire ne soit pénétré d'horreur au récit des méchancelés et des bêtises de ces Cannibales \ Une relation de cette gros-
* Le Châtelet Tenait de condamner à un bannissement perpétuel Delisle de Salles auteur de La PfUlasophie de la Nature, et à la prison Jnsqu^à ce qu*il subit son jugement. Le parlement cnsêa ceUe sentence.
DE VOLTÀIBE (1777). 829
sièreté barbare figurerait très-bien dans un de ces journaux, où Ton instruit l*Ëurope de ce qui se passe dans rUe Formose.
Le vieux malade va bientôt partir de ce globe^ habité encore par tant de sauvages. Mais il regrettera ceux qui pensent comme M. Tabbé Duvernet et son ami. L'apoplexie dont il a été attaqué n'a pas tout à fait pénétré jusqu'à son àme. Il se console de quitter bientôt ce monde, où il n'entend parler que d'extravagances barbares et fanatiques ; mais il mourra bien plus consolé, s*il apprend que les détestables coquins de convulsionnaires, qui ont persécuté M. de Lisle, ont été sans crédit au parlement , où ils sont prisés ce qu'ils valent. On ne dira même rien de désagréable à un homme aussi estimable que M. de Lisle; on lui recommandera seulement de se conformer plus exactement aux règlements de la librairie.
Je prie M. l'abbé Duvernet d'embrasser pour moi son prisonnier, qui, je crois, est actuellement délivré.
* i022. — A M. LE CHEVALIER DE CHASTELLUX.
A Ferney, 6 mai.
Monsieur, on dit qu'il faut restituer à la mort ce que Ton doit à son prochain : les suites de mon apoplexie m'obligent à songer à ma conscience. Vous avez eu la bonté de m' apprendre que le fils de M. de Lally a obtenu, par sa persévérance courageuse, la révision de l'horrible procès fait à son père. On a retrouvé, en brûlant des papiers chez moi pour les dérober à la rage des persécuteurs, des Mémoires que M. de Lally le fils m'avait confiés. Plût à Dieu que le chevalier de