‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 379 sur 405 · A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU

A Feinty, ai nui.

Souffrez, monseigneur, que je suspende un moment mon triste état pour oser vous parler de l'étonnante issue d'une affaire dont les souterrains me sont encore inconnus. J'ai appris que mon neveu d'Homoy s'était conduit comme il le devait, et que M. le duc d'Orléans lui eu avait témoigné sa satisfaction. Cela m'a un peu consolé, quoique d'Hornoy ait eu la modestie de ne m'en rien dire.

Je suis près d'essuyer à Dijon à peu près la même aventure que la chicane vous a suscitée à Paris. Je ne me flatte pas de la soutenir avec autant de grandeur d'âme que vous : il faut que chacun se tienne dans sa sphère. C'est à vous d'être toujours grand et d'être supérieur aux événements; c'est à moi d'être petit, et d*enrager sans en rien dire, mais de vous être toujours attaché avec le plus inviolable et le plus tendre res^ pect, tant que je respirerai dans mon trou, loin de la scène changeante de ce monde.

1025. — A M. DE C3IABAN0N.

Si j'avais votre jeunesse et vos grâces, par ma fol, je ferais tout comme vous. Je préférerais de grandes filles, belles et bien faites, à de vieux malades. Quand elles vous donneront un momeot de relâche, venez voir votre oncle- â Femey : notre hôpital est triste; mais cet hôpital vous aime.

Souvenez-vous que vous m*avez promis de me montrer quelque chose de votre façon. Yous savez combien tout ce que vous faites m'est précieux. Adieu, cher ami, réjouissez-vous.

1026. — A M. LE MARQUIS DE TfflBOUVILLE.

27 juin.

Mon cher marquis, le vieux malade causait hier {tvec un apothicaire de Genève; hélas! il n'a que trop souvent de tels entretiens. « A propos, dit le malade « à l'apothicaire, de quoi guérit l'épine-vinetteî — « De rien du tout, me dit-il, ainsi que la plupart des « remèdes. — Et où trouve-t-on, lui dit le malade, « des pastilles d'épine-vinette? — On les fait à Dijoo, « répliqua-t-il; j'en ai chez moi par hasard une petite a boîte. — Envoyez-la-moi tout à l'heure, dit le ma- « lade. » Il l'envoya, et je vous l'envoie; mais j'enverrai bientôt à l'ange cinq petits pâtés \ Si vous eu parlez jamais, si jamais le nom de ces petits pâtés sort de votre bouche, je reviendrai du fond des enfers vous tirer par les pieds. En attendant, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

1 Les cioq actes d'/réii«.

P. S. La botte part sous Tenveloppe de M. le baron d*OgDy, et doit être chez lui. Il vous en coûtera une visite pour cette pauvreté.

i027. *- A M. LE MARQUIS DE FLORUN.

▲ Ferney, 16 joillet.

Mon cher ami, vous avez ramené le beau temps à Dijon; ramenez-y tout d*un temps Tindulgence et réquité. Revenez le plus tût que vous pourrez, et revenez content de votre voyage.

Si vous voyez M. BéquiUet, notaire des États de Bourgogne, homme de lettres et mon confrère dans FAcadémie de Lyon, je vous prie de lui dire où est son gros ballot. Ce sera à lui à décider par quelle voie on pourra le lui faire parvenir.

Je m'imagine que nous aurons le plaisir de vous revoir à la fin de ce mois, vous et votre décrétée, que MM. du parlement n*ont décrétée sans doute que par pure coquetterie.

J*ai enfin perdu le seul protecteur qui me restait en France, le seul qui pouvait faire un peu de bien à ma colonie délabrée. M. de Trudaine est remercié, lui sixième, comme vous savez. Yersoy est protégé avec la plus grande distinction. Voilà une belle occasion pour être plus philosophe que jamais, et pour se détacher des biens périssables de ce monde-ci.

Madame Denis vous fait à tous deux bien des compliments.

1028. — AU MÊME

▲ Feney, 23 juillet.

Mon cher ami, je n'en peux plus ; je n'en peux plus,

S3i LETTRES INtDITfô

j« ne peux dicter qu*un mot; ma faiblesse augmente et ma ifie s'en Ta. Je D*aurais pu recevoir l'empereur Joseph', ni même saint Joseph, quand même les impertinences des Genevois de Ferney ne les auraient pas empêchés de m'honorer de leurs visites.

Je ne doute nullement que votre procès ne se tourne en plaisanterie ; mais vous ne pouves consulter personne plus capable de vous aider, soit en plaisanteriei soit en choses sérieuses, que M. Béquillet. Le ballot qu^il réclame deviendrait une chose très-sérieuse. Je vous conjure de mander au sieur Forestier que vous connaissez, et que je ne connais point, qu'il me rende le ballot quand je Tirai chercher à Nyon, ou quand Tami Wagnière ira le prendre de ma part.

(A madame de Florian.) Madame, je ne suis point surpris que monsieur, qui a des yeux et de Tesprit, vous ait distinguée dans la cohue que les Welches appellent FaxhalL Je crois que toute la famille, sans exception, en aurait fait autant; mais je porte envie à tous les simples citoyens qui ont le bonheur de vous voir et de jouir de votre société. La fin de ma vie est triste; je ne suis ranimé que par mes sentiments pour vous deux, et consolé par votre amitié.

1029. — A M. L'ABBË PEZZANA K

A Fency, \t •••

J'ai reçu, monsieur, par Genève, votre belle édition de l'Arioste, dont je vous fais les plus sincères remerciements. Je vous aurai l'obligation de le relire toul

1 Joseph n voyageait alors en France.

< * CoDawTateur de la Ptbliottièque royaU de Farme.

DE VOLTAIRE (lt77}. tO»

entier, ayant que je fasse mon éternel voyage dans un pays où Ton ne peut plus lire ni écrire.

On dit que vous ferez imprimer à part vos Com* mentaires sur YQrlando furiaso; tous les gens de lettres vous auront l'obligation de connaître les personnages et les actions du seizième siècle, dont il est parlé si souvent dans le poëme. Rien ne serait plu$ curieux et mieux reçu : ce supplément pourrait pro* duire un volume entier; c'est un travail digne de vous. Agréez, monsieur, la reconnaissance, l'estime, et j*ose dire l'amitié de votre, etc. — Le vieux malade de Ferneyl

i03e. — A M. D'ELMOTTE K

F«niey, le

Un vieillard de près de quatre-vingt-trois ans, accablé de maladies, s'est presque senti renattre en lisant les vers très-agréables dont M. d'Elmolle a bien voulu rhonorer. Il le supplie de vouloir bien lui pardonner si son triste état ne lui permet pas de répondre comme il le voudrait. Si les forces lui manquent, sa sensibilité n'en est pas diminuée. Il prie M. d'Elmotte d'agréer sa reconnaissance et Testime infinie avec laquelle il a l'honneur d'être, etc. L'ermite de Ferney.

29 AQgmte.

Je prévois, monsieur, que votre bénéfice simple va 86 tourner en bénéfice à charge d'&mes. Dans quelque

^ Seerëtaire de rintendant de Paris. D'abord gendarme, pois homme 4e lettres, puis Bénédlclln, il redevint laïque AlaEivelutiOD, et geiH 4aniui MM l'Empire, PoulUerd^Noiotlf «»( m>t\ «ili •« l||7.

poste que vous soyez, on aura toujours besoin de vous. Si quelque chose me console du voyage que vous ne faites point) c*esl le malheur où je suis d'être tout à fait indigne de la peine que vous preniez. J'aurais été trop honteux de me montrer à vous dans toute ma décrépitude. Je crois très-sérieusement que je vais bientôt trouver M. de Trudaine. Je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez. Horace disait :

Det vitam, det opes; animum aequum mi ipse parabo.

Je le crois bien ; viiam est là pour la santé, sans laquelle il n'y a rien dans ce monde. Ce n'est donc que de la santé que je vous souhaite; car je suis pei-suadé que vous resterez administrateur. J'en félicite madame de Vaines, qui voulait vous accompagner sur nos frontières. ^

Le pauvre malade n'a pas la force d'en dire davan* tage.

i032. — A M. TRONOUN,

DOCTBVft ■BDKin.

Twptcnbre.

J'ai VU, monsieur, une lettre charmante entre les mains de madame Denis ; celui qui l'a écrite ne s'est trompé que dans un seul point : il ignore que je suis incapable de cesser un moment d'être attaché du fond du cœur à un grand homme.

Madame Denis a été détournée par le mauvais temps de risquer le voyage de Paris ; elle remet cette partie au printemps prochain. Sa maladie est, à ce qu'elle présume, la suite et le renouvellement d'un catarrhe violent dont elle fut attaquée il y a dix-huit mois. Ce

catarrhe Taffaiblit, lui Ole souyent le sommeil ; elle a quelquefois le pouls un peu dérangé, mais jamais de fièvre véritable; elle ne tousse et n*expectore que rarement; le petit lait qu'elle prend presque tous les jours est soupçonné de contribuer à ces expectorations.

Je ne peux vous donner, monsieur, un détail plus circonstancié; pour moi, je n*ai qu'une maladie, c'est la faiblesse attachée à mon âge de quatre-vingtdeux ans passés.

J*ai Vhonneur d'être, avec un attachement et une estime très-véritables, votre, etc.

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