RÉPONSE DE TRONCHIN
La rose de la réputation a tant d'épines, monsieur, que craignant la piqûre, je n'ai pas même osé la toucher du bout de mes doigts, et quoiqu'on parle sans cesse de celles qu'on cueille après la mort, puisqu'alors on n'a plus de doigts, c'est une fable dont l'homme sage rit, mais sans rien dire; car cette fable est très-utile. Voilà, monsieur, ma confession de foi sur la rose, d'où il est aisé de conclure que je ne puis être un grand homme pendant ma vie, comme après. Mon ambition, depuis bien des années, se borne à être un bon homme, et à mériter par ma bonhomie l'attachement de mes amis, auxquels je suis très-fidèle, et qui me l'ont été aussi. Votre silence de dix ans, et quelques traits par^i par-là, m'ont fait craindre que vous ne fussiez plus mon ami. N'ayant rien à me reprocher, j'ai vu que la règle de la bonhomie avait aussi ses exceptions, mais qu'il ne fallait pas y renoncer, parce que la règle était bonne; l'amitié constante de madame Denis m'en est une preuve trèschère. Si les circonstances lui eussent permis de faire un
pelit voyage à Paris, mon empressement à la conyaioare du retour que je lui donne Taurait satisfaite» et moi aossi. Daignez, monsieur, Ten assurer, en la priant dem*envoyer un mémoire sur l'état de sa santé. Quoique éloigné, je pourrais peut-être lui donner quelques conseils qui lui prouveront mon dévouement et mon zèle. Dix ans de séjour ici ne m'ont pas changé ; je suis toujours le même. Je vous prie d'en être persuadé, etc.
J033. — A M. DUVERMBT.
Ferney, ... septembre.
L'ermite de Ferney, monsieur, est très-persuadé de la sagesse de M. d*Alembert et du mérite de tous ses confrères de l'Académie française ^ mais il doute beaucoup de la vertu de leurs exorcismes. On a vu dea bégueules, après certaines épreuves, devenir des femmes charmantes; mais on D*a jamais entendu dire que des folliculaires soient devenus gens de bien : ils sont tous morts, comme des théologiens, dans Timpénitence finale.
Quant à la réconciliation des beaux-esprits que vous m'annoncez, elle ressemble au beau rêve de la paix perpétuelle. Je souhaite de tout mon cœur cette réconciliation et cette paix; mais je n*y crois pas.