‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 385 sur 405 · A M. LE CHEVALIER DE CHASTELLUX · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER DE CHASTELLUX

12 noTembrc.

J'ai donc l'honneur, monsieur, de vous envoyer mon petit programme suisse. Si vous connaissez et si vous protégez quelque jeune petit jurisconsulte qui ait de l'esprit, qui ne soit pas fâché de gagner cent louis d*or, et qui aime à dire hardiment la vérité , vous contribuerez peut-être à faire changer nos lois ; vous aurez travaillé de toute façon à la félicité publique.

Il y a un endroit dans lequel je ne parais pas assez

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respecte^ le sentiment de H. le chancelier d*Ague&seau: je vous demande pardon si j'ai tort; mais je compte sur yotre suffrage si j'ai raison ; c est dans k chapitre affreux de la torture.

Vous daignes me parler d'ouvrages d'un autre genre , qui ne conviennent pas plus à un homme de quatre-vingt-quatre ans , que la correction du code criminel ne convient à un poëte. Mais nous marions à Ferney M. de Yillette : nous avons voulu célébrer sa conversion par quelques amusements; les folies de notre petit théâtre ont percé jusqu'à Paris. Ce sont des amusements de campagne» qui ne sont pas dignes assurément d'être connus à la ville.

Si jamais vous avez quelques ordres à me donneri je vous supplie de vouloir bien mettre un C et un X à la fin de votre lettre ; car votre écriture étant semblable à celle d'un homme qui m'écrit quelquefois » et qui ne vous ressemble pas , j'ai été sur le point de faire une grosse bévue.

Conservez vos bontési monsieur, pour le vieux malade , qui vous sera bien respectueusement dévoué jusqu'au dernier moment de sa vie.

A Ferney, il novembre.

Ange exterminateur redevenu ange gardien , vous ranimez toute ma tendresse paternelle pour mon dernier enfant '. Je profite des bontés de l'aimable secrétaire^. Voilà deux additions absolument nécessaires,

1 Irène.

I Madme «e Vimeu, fllle ds M. d'Argental.

Dl VOLTXIBE (1111). M»

Tune pour le premier acte y Tautre pour le troisième. Le premier changement m*a été suggéré par M. de Thibouville ; le second n'est que de moi ; mais je ne crois pas qu'il fasse un mauvais effet.

11 me semble que notre ami M. de Chabanon met une terrible importance à cette place de T Académie; sa passion est si forte qu'il a écouté des tracasseries lûen injustes qu'on m'a faites sur son compte. Comment ne sait-il pas à quel point je l'aime ?

1040. — A M. LE MARQUIS DE GONDORCET

26 noTembre.

Une académie de Berne ambitionne le suffrage de toutes les académies de l'Europe. Des citoyens qui aiment la justice doivent un hommage au meilleur citoyen. Je ne sais si j'oserai envoyer ce petit ouvrage ' à M. Turgot, et si je puis le lui adresser à lui-même. Enterré entre les Gxandes-Alpes et le Jura, j'ignore même si mon paquet parviendra jusqu'à M. de Vaines; j'ignore surtout ce qu'on fait à l'Académie française. Je ne suis plus de ce monde ; mais je mourrai avec mon culte d'hyperdulie pour M. Pascal de Condorcet.

«déeembre.

Le vieux malade a reçu la lettre du 29 novembre de M. de Vaines; il passe ses derniers jours dans son lit, et se console de ses souffrances, en cherchant quel-

^ Le Prix de la Justice et de VHumakUé.

ques vérités qu'il a bien de la peine à trouyer. Pilale

avait bien raison de dire : Qu'esi-^e que vérité f

IX s*est amusé aussi à marier des filles , et ne s*en porte pas mieux. Une de ses grandes consolations est Tespérance que M. de Vaines lui donne pour Tannée prochaine; il le supplie de vouloir bien le mettre aux pieds de M. Aristide Turgot.

Je profite des bontés de M. de Vaines pour le supplier de vouloir bien faire passer le paquet ci-joint à sa destination.

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