FIN DU DEUXIÈME VOLUME
* A LA DUCHRSSE LOUISE-DOROTHÉE m SAXE-GOTHA.
AFemey, 15 aoAt 1766.
Madame, permettez que la famille se jette à vos pieds et remercie la belle âme de Votre Altesse Sérénissime avec des larmes de joie et tout Taltendrissemeot de la recomnaissance. Il est juste que la Providence fasse naître des cœurs tels que le vôtre, tandis que les singes qui font des gambades à Paris sont changés en tigres.
Ces sottes gazettes vous auront peut-être appris, madame, que le parlement de Paris a condamné cinq jeunes gentilshommes à périr dans les flammes; mais ces gazettes n*ont pas dit que le seul crime de ces gentilshommes était d'avoir chanté deux chansons faites il y a quatre-vingts ans, et de n'avoir pas ôlé leurs chapeaux devant une procession de capucins. Le roi de Prusse m'a mandé qu'il les aurait condamnés à parler aux capucins, chapeau bas, et à chanter des Psaumes. Us ont pourtant été condamnés à être brûlés vifs à la pluralité de quinze voix contre dix, et malgré un excellent mémoire, composé en leur faveur par huit avocats célèbres de Paris. 11 n'y a rien d'exagéré, madame, dans tout ce que j ai l'honneur de vous dire. On n'a reproché à ces infortunés, on n'a allégué contre eux que des paroles et des indécences qui méritaient deux
im SUPPLÉMENT (1766}.
jours de prison. Le plus vieui de ces jeunes gens avait vingt et un ans. C'était le chevalier de la Barre, d'une ancienne maison, petit-flls d'un générai, et qui le serait devenu lui-même. Il est mort avec un courage tranquille, comme Soerate. Une telle horreur est digne du douzième siècle. L'inquisition de Portugal ne serait pas si cruelle. Quand il s'agit de la vie des hommes, quinze voix fanatiques ne devraietit pas suffire contre dix sages. On a prétendu que le parlement de Paris, accusé tous les jours de sacrifier la religion à sa haine contre les évoques, a voulu donner un exemple terrible, qui démontrât combien il est catholique. Quelle preuve de religion 1 ce n'en est pas une de raison et d'humanité. Il n'y a eu que le chevalier de la Barre d'exécuté; les autres se sont enfuis, au lieu d'aller plonger leurs ipains dans le sang de leurs juges. On a bientôt oublié cette affaire, selon le génie de la nation, et de la plupart des hommes. On a été à l'Opéra-Comique; on a soupe avec des fiUesf d'opéra; on a prêché; on a fait des romans ; et c'est ainsi que va le monde, tandis qu'à Gotha, la bonté, l'équité, la générosité régnent. Jememets auxpiedsdeyotreAltesseSéréni8sime,etc.