A M. DAQUIN
Aa château dt Perney, 13 décembre.
Vous êtes donc, monsieur, devenu censeur et heb-
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domadaire. Comme censeur , tous avez pour moi de riudulgence^ et je vous prie, comme hebdomadaire, de me faire part de vos Semaines '.
Je viens d'en lire un morceau où vous assurez que je suis heureux. Vous ne vous trompez pas. Je me crois le plus heureux des hommes ; mais il ne faut pas que je le dise: cela est trop cruel pour ]es autres.
Vous citez M. de Chamberlan, auquel vous prétendez que j'ai écrit que tous les hommes sont nés avec une égale portion d'intelligence. Dieu me préserve d'avoir jamais écrit cette fausseté I J'ai, dès l'âge de douze ans, senti et pensé tout le contraire. Je devinai dès lors le nombre prodigieux de choses pour lesquelles je n'avais aucun talent. J'ai connu que mes organes n'étaient pas disposés à aller bien loin dans les mathématiques. J'ai éprouvé que je n'avais nulle disposition pour la musique. Dieu a dit à chaque homme : Tu pourras aller jusque-là, et tu n'iras pas plus loin. J'avais quelque ouverture pour apprendre les langues de l'Europe, aucupe pour les orientales : non omnia possumus omnes. Dieu a donné la voix aux rossignols et l'odorat aux chiens; encore y a-t-il des chiens qui n'en ont pas. Quelle extravagance d'imaginer que chaque homme aurait pu être un Newton ! Ah! monsieur! vous avez été autrefois de mes amis, ne m'attribuez pas la plus grande des impertinences.
Quand vous aurezquelque Semaine cmieixsef ayez la bonté de me lafaire passer par M. Thieriot, mon ami; il est, je crois, le vôtre. Comptez toujours sur l'estime,
1 La Semaine littéraire, par Daquin et de Caui.
sur Vamitié d*un -vieux philosophe qui a la manie à la yérité de se croire un très-bon cultivateur, mais qui n'a pas celle de croire qu'on ait tous les talents. Je prends un intérêt très- vif à tout ce qui vous touche, à vos succès, à votre bonheur, soyez-en bien persuadé.
A M. LE CONTROLEUR GËNËRAL (M. de Layerdt) K
Monsieur le contrôleur général, sll fallait en France pensionner tous les hommes de talent, ce serait, je le sais, pour vos finances une plaie bien honorable, mais bien désastreuse, et le Trésor n'y pourrait suffire. Aussi, et quoique peu d'hommes puissent se rencontrer d*un aussi solide mérite que M. de La Harpe, ne "viens-je pas réclamer une pension pour ce mérite dans Vindigence; je viens simplement, monsieur, empiéter sur vos attributions et contrôler le chiffre de deux mille livres dont Sa Majesté a bien voulu me gratifier. Il me semble que M. de La Harpe n'ayant pas de pension, la mienne est trop forte de moitié, et qu'on doit la partager entre lui et moi.
Je vous aurai donc, monsieur, une dernière reconnaissance si vous voulez bien sanctionner cet arrangement, et faire expédier à M. de La Harpe le brevet de sa pension de mille livres, sans lui faire savoir que je suis pour quelque chose dans cet événement. Il sera aisément persuadé, ainsi que tout le monde, que cette pension est une juste récompense des services qu'il a rendus à la littérature.
Daignez, monsieur le contrôleur général, accepter
> L'origine de cette lettre nous parait douteuse*