‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 394 sur 405 · A M. LE PROFESSEUR TRONCHIN · texte numérisé non relu

A M. LE PROFESSEUR TRONCHIN

Landi, à qaatre benres.

Mon cher Esculape, il faut que vous ayez le diable au corps d^imaginer que, dans Tétat où je suis, je puisse faire le baladin. Je suis dans mon lit fort malade; il y a longtemps que je vous le dis. Je me prive depuis quinze jours du plaisir tumultueux d'être à table en grande compagnie; je n'oppose âmes maux que du régime; mais il n'a pas encore été peut-être assez sévère ; il le sera, et vous êtes trop éclairé pour me conseiller autre chose. Je tâcherai d'être un petit Cornaro*. Je vous conjure de dire à M. Tiepolo que ma première sortie sera pour lui.

Vos Hollandais, vos Bordelais peuvent venir admî- ]?er madame Denis demain, entre quatre et cinq. Mais où souperont-ils ? où coucheront-ils? je n*en sais rien. Les acteurs s'en vont aux Délices avec M. le duc de Ràndan, après la comédie. Moi, je reste au lit et je ferme ma porte. Je trouve très-bon que les autres aient du plaisir quand je ne peux en avoir.

Je vous embrasse tendrement, mou très-cher Es- ËUlape.

A M. TABAREAU

A Ferney, ) flTrfaer 1769.

M. Vasselier est un grand théologien ; mais il est

^ Auteur Des avantages de la vie sobre. Il a lui-même fort bien ^proflté de wm livre ; car il est mort à plus de cent ans.

SUPPLAHENT (1769). 563

encore meilleur conteur. On peut consulter également les Petites-Maisons et la Sorbonne sur le cas dont il est question; mais la Sorbonne doit avoir la préférence.

Béni soit M. le duc de Cboiseul, à qui j'aurai Tobligation de voir encore une fois M. Tabareaul C'est la nouvelle la plus agréable que je pouvais recevoir. Il me trouvera bien faible et bien languissant : c'est depuis longtemps ma destinée; mais j'oublierai mes maux en Tembrassant.

Je remercie M. Vasselier de la bonté qu'il a de faire parvenir le paquet à M. l'abbé Audra.

Il est plaisant de fêler à la fois la Purification et la Présentation. La France serait un bien joli pays sans les impôts et les pédants. A l'égard du peuple, il sera toujours sot et barbare, témoin ce qui est arrivé à Lyon. Ce sont des bœufs auxquels il faut un joug, un aiguillon et du foin.

Je vous embrasse de tout mon cœur et M. Vasselier sans compliments, s'il vous platt.

AU MÊME

A Ferney, 14 éttSI.

Nous autres Français, mon cher ami, nous ne sommes pas dignes de billets de banque ni d'aucuns billets publics. Cela est bon pour des Hollandais, des Anglais, des Vénitiens et des Génois. Mais ce qui est remède pour eux est poison pour nous. Un poison qui me mine» c'est l'aventure de la caisse d'escompte. J'y avais mis presque tout mon bien libre. Ne savez-vous rien de ce nouvel arrangement de finance? Les pauvres actionnaires de bonne foi seront-ils ruinés? La gazette de

fM SUPPLÉMENT (1 7 69}.

Suisse dit que La Borde est exilé dans une de ses terres; mais je crois qu'il D*y a de banni que l'argent mis par les particuliers à la caisse d'escompte.

Portez-vous bien : santé vaut mieux que richesse. Je vous embrasse de tout mon cœur.

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