A M. ÉLIE DE BEAUMONT
25 juillet.
Votre lettre, mon cher Cicéron, a donné une belle secousse à mon âme un peu languissante. Tai toujours été convaincu que vous aviez raison ; que les pistolets ne pouvaient appartenir à M. de La Luzerne^ et que la colère qui l'avait emporté si loin, était une preuve de son innocence. Un homme^ qui a médité un mauvais coup, peut commettre une action atroce; mais il p&lit en la commettant, et ne se met point en colère. Juger M. de La Luzerne coupable, c'est ne pas connaître le cœur humain. En défendant les Calas, les Sirven et M. de La Luzerne, vous avez défendu les lois de la nature.
Je viens de lire V Essai sur le suicide. 11 faudra que je le relise. Je le proposerai ensuite à M. Cramer, pour le faire imprimer.
Je parcourus ces jours passés Y Histoire du Parlement. 11 m'a paru que cet ouvrage est de deux mains différentes. Les derniers chapitres sont remplis d'erreurs, de solécismes et de barbarismes. L'auteur dit que le supplice de Damiens a été perpétré, pendant qu'une partie du parlement allait à son exil. Il y a quelques autres phrases dans ce goût. Jamais on n'a
tant écrit qu'aujourd'hui, et jamais ou n*a écrit plus mal. ËD un mot, les derniers chapitres de cet ouvrage sont très-impertinents. Mais il y a quelque chose de plus impertinent encore, c'est de me l'attribuer. Il y a quarante ans, Dieu merci, que je suis accoutumé à de pareilles calomnies. Je ne m'étonne pas que le démon de l'imposture se déchaîne contre moi. J*ai passé ma vie à lui arracher les cornes.
Je vous croyais à Canon. Mais je vois bien que l'affaire de M. de La Luzerne vous a rappelé à Paris. Vous sacrifiez votre repos au plaisir de défendre l'innocence.
Sirven, qui vous a tant d'obligation, a pris le chemin le plus long pour finir sa malheureuse affaire. Mais on dit que c'est le plus sûr. Le parlement de Toulouse est bien changé. Toute la jeunesse a lu, et est instruite. Les enfants frémiront de la manière dont ont pensé leurs pères.
Mille respects à madame de Canon. Mon cœur se partage entre vous deui.
A M. LE MINISTRE DE LA MARINE (le duc de praslin).
28 jmltet.
Monseigneur, un pauvre Suisse qui vous est toujours très-attaché, prend la liberté de vous présenter ce placet pour une affaire qui le regarde en quelque manière, étant créancier d'un des négociants à qui les diamants pris par MM. de Tunis appartiennent. Je vous supplie de vouloir bien me faire dire, par un de vos secrétaires ou des premiers commis des bureaux
m&' SUPPLÉMENT (iTÔfl).
delà marine, où en est cette étonoante affaire. 11 n'est pas surprenant que MM. de Tunis soient des brigands; mais il Test beaucoup qu'ils osent fouiller les vaisseaux portant pavillon de France. La seule grâce que je vous demande à présent est d*avoir la bonté d'ordonner que je sois informé de l'état des choses. Je vous supplie de permettre que je vous aie encore cette obligation.
Sirven, que vous protégiez, a gagné son procès, du moins en grande partie.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus vive Fsconnaissance et un profond respect, monseigneur, votre, etc.
A M. TABAREÂU.
A Feiney, St <léoMiibre.
Que ne suis-je jeune, monsieur! j'irais avec vous eo Italie. Recommandez*moi, je vous prie, à votre philosophe de vingt-deux ans, et qu'il ait pour un pauvre vieillard, pendant votre absence, les mêmes bontés que vous aviez pour moi.
Voici quelques rogatons qui m'arrivent de Hollande, et que je vous envoie pour vous amuser. Il y en a un pour M. Vasselier et un autre pour votre jeune élève que je suppose être philosophe, puisque vous l'aimez. Votre bU)liothécaire sera à vos ordres à votre retour d'Italie, s'il est encore en vie.