‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 396 sur 405 · A M, EUE DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

A M, EUE DE BEAUMONT

Ferncy, 17 janvier 1770.

Mon cher Cicéron, je vois que vous réussissez à tout ce que vous entreprenez. Vous ne cessez de faire du

bien; c'est votre vooatioa ; on ne peut mien la remplir.

Je })e suis point étonné que M. de Gerbier ait concouru avec vous à une bonne œuvre. Le triste état dQ M. Durey de Morsan ' a dû toucher un cour aussi noblQ que le siep. Je le remercierai, lui et M. Boudot, à qvi) nous avons tant d* obligation , et qui s*est donné tai)( de mouvement dans cette affaire.

Le grand point est que M. Durey soit entièrement corrigé; qu'il achève de payer toutes ses petites dettes dans ce pays-ci; qu'il n*en fasse jamais; qu'il remr plisse tous ses devoirs; qu'il ait d& quoi se meubler honnêtement , et qu'il continue à mener une vie dé*' cente et irréprochable, digne des personnes ^uxquellea il tient par la naissance et par V^Hiance, Wi\ négligeait une seule de ces choses essentielles, il serait perdu sans ressource. Il est bien nécessaire qu'il expie par la conduite la plus mesurée les fautes dont il porte très-justement la peine.

Je crois, monsieur, que le meilleur parti est d'adresser la lettre de change de six mille livres pour mon compte à M. Sherer, banquier k Lyon; j'en dou-^ nerai le reçu. Je payerai les dettes les plus pressantes, et j'arrangerai tout pour qu'il puisse aller passer ses jours doucement à Neufchâtel, de la manière la plus convenable. Mon reçu sera fait en son pom, et il m'en fera un pour ma décharge. Je lui ai servi de père depuis un an, et je lui en servirai encore; mais c'est vous, monsieur, qui faites véritablement tout pour lui dans cette occasion; c'est vous qui êtes son protecteur.

< Frère de madame Berthier de SauYiwyt 11 a pi)b|ié quelques ouvrage». U est mort eu 1795.

Agréez encore une fois mes lendres remerclnaents.

Quant à Sirven, je vous ai déjà mandé que je ne sais plus où en est son affaire. Je n*ai nulle nouvelle de lui, et j'ai bien peur qu*il ne s*en tienne au premier jugement qui le délivre de prison et qui le fait rentrer dans son bien. C*est un bon et honnête homme; mais sa tête est un peu capricieuse, et ses deux filles sont un peu folles : il faut prendre les gens comme ils sont.

Vraiment, je serai enchanté de voir tous les mémoires que vous voulez bien m'envoyer. Vous savez avec quel plaisir je les lirai. Je m'intéresse à vos clients plus qu*à Cluentius et à Roscius, défendus par votre ancien camarade.

Il y a longtemps que je connais l'affaire du sieur Beck; je crois vous avoir mandé que j'arrivai à Strasbourg quelques jours après son aventure. Je ne sais pas bien précisément quel était le degré de sa probité; mais je sais qu'il avait affaire à un grand fripon.

Je compte bien que vous ferez aussi triompher pleinement M. de La Luzerne. L'innocence opprima est très à son aise avec vous.

Madame Denis et moi, nous remercions bien sensiblement madame de Canon de ses bontés; nous vous sommes invioiablement attachés l'un et l'autre pour toute notre vie.

Page 1