A M. EUE DE BEAUMONT
Le 25 d*avril.
Mon cher ami, les devotsquicabalaientcontreM.de Lupé étaient sans doute les Grizels et les Billards. Votre second niémoire est un des plus forts, des plus éloquents, des plus concluants que vous ayez jamais faits. J'approuve fort le respect avec lequel vous recevez les lettres de cachet ; mais pour hijoie^ il me parait
* V. répltre: Il est vrai, je suis capucin, etc. Œuv, comp.^ t. XII.
1170 SUPPLÉHCNT (HIO).
qu'elle est de irop. Le ireêpecl suffifiail. La joie n'est bien placée qu'à Taudieneei où Ton fait payer une lettre de cachet vingt mille francs ',
On pourrait parler de cette affaire dans le ZMrltoi»natre encyelapidique^ et vous rendre justice sur tous les points, excepté sur celui de la joie. On pourrait glissercet article dans celui à' Arrêts notables. On n'ou* blierait pas M. Target; mais il serait bon d'avoir son plaidoyer.
Peut-être le beau*frère de Fréron, à qui ce Fréron a servi d'espion, dont il avait été le délateur, et contre lequel il a obtenu une lettre de cachet, vous priera de le prendre sous sa protection. C'est alors que le public vous bénirait, et qu'on vous battrait des mains depuis votre maison jusqu'à la grand' chambre.
Je n'ai pas plus de nouvelles aujourd'hui de l'affaire de Sirven que s'il ne l'eût jamais ei^treprise. Il se pourrait bien faire qu'il l'eût abandonnée. Je vous ai déjà dit que je soupçonnais fort sa cervelle et celle de toute sa famille d'être mal timbrées.
Ma lettre est courte, mon cher ami; nous sommes tous malades au château, et moi plus que les autres, parce que je suis le plus vieux. Nous avons au mois d'avril dix pieds de neige d'un côté et trente de l'autre. Ce sont là de terribles lettres de cachet de la cour d'en haut.
A M. MARIN
5 mai.
Le jeune homme, monsieur, qui est auteur des
> Éliede Beaumont avait obtenu ce dédommagement à la eoraleœ 49 Uncize, mtoe iur))itrairemeQt 4 U Qa^tillç.
Deux Frif0$y et qui es( aussi magistrat dans son tripot de province, a été uo peu surpris que le Châtelet ait jugé ces Deux Frères à mort. Il se peut faire que le Châtelet se connaisse mieux en vers que lui; mais la sentence parait un peu dure. Quel est donc ce M. de Launai qui a tout Tair d'avoir la plus grande part à cette sentence» et qui écrit des lettres si impérieuses? Je suis persuadé que si les fiacres avaient une juridic* tion dans Paris» leur greffier terminerait ses lettres par ces mots : Tel est notre plaisir.
Voici un petit mot de requête civile dont vous pouvez vous aider en cas de besoin. Peuto-étre serait-il convenable de le faire lire à M. de Sartines, uniquement pour votre justification. Le jeune homme serait fort curieui de savoir les motifs de Tarrôt rendu par le parc-civil.
On dit que M. le chancelier est fort tenté de rappeler à son autorité cette partie de son ministère qui y a toujours été attachée; en ce cas, vous auriez tout le crédit que vous devez avoir, et la littérature s'en trouverait bien.
Il y aurait peut^tre de la fatuité à voua présenter cette médaille; mais l'amitié ne peut être ridicule.
Un avocat nommé M. Marchand m'a écrit qu'il pos* sède un cabinet de cinq mille médailles, et qu'il veut en avoir cinq mille et une. Il m'apprend qu'il demeure chez M. Pasquier, conseiller de grand' chambre , qu'il a soupe chez M. de Sartines avec un de mes parents, et que par conséquent je dois lui envoyer cette médaille dont on lui a parlé. Si jamais vous le rencontrez à souper chez M. de Sartines, je yous prie de vouloir
bien lui faire rendre ma réponse et ma médaille^ que je prends la liberté de faire insérer dans ce paquet. Je vous demande bien pardon.
A M. TABAREAU
39 juin.
Mille tendres compliments à M. Tabareau. J'ai bien peur qu'il n'ait pas élé payé de ce que lui devait saint Billard. Que ne se rejette-t-il sur saint Grizel, qui de ma connaissance a volé cinquante mille francs à la fille de M. le duc de Villars, qu'il a faite religieuse?
Par le mémoire que M. Yasselier a bien voulu m'envoyer, je vois que l'affaire durera longtemps, et que saint Billard mériterait bien un bout de corde au moins autant qu'une auréole.
Je remercie M. Yasselier de la bonté qu'il a eue de faire partir les montres de notre manufacture royale.
Pigalle m'a fait pensant et parlant ; mais il n'a pas pu empêcher que je ne fusse très-souffrant. Les honneurs ne guérissent personne.
AU MÊME
9jttiUet.
Je vous remercie de tout mon cœur, monsieur, des bonnes nouvelles que vous me donnez du succès de vos affaires; vous savez combien je m'y intéresse. Je trouve le procès de MM. des postes très-bon, et je ne suis pas sûr qu'ils le gagnent. Vous savez que tout est arbitraire, et que le parlement aime un peu à dégraisser tout fermier du roi.
Pour saint Billard et saint Grizel, j'opine au pilori. A l'égard du procès du parlement avec le roi, il est curieux; nous attendons le dénoûment.
SUPPLÉMENT (mO). 573
Je crois que rien ne pourra empêcher le factum de La Chalotais de paraître ; le public s*amusera, disputera, s*échauffera; dans un mois tout finira; dans cinq semaines tout s'oubliera.
Est-on encore, monsieur, dans Tusage de prendre des rescriplions des postes en payant à Paris au caissier qui ne soit pas un saint? Madame Denis veut faire Tenir deux cents louis de Paris; pourriez-vous les lui faire tenir par la poste; quand son beau-frère les aurait remis à Paris au bureau?
Mille tendres compliments à M. Yasselier.
Votre très-humble, etc., V. l'ancien bibliothécaire,
AU MÊME
8 aognite.
J'ai reçu, mon cher correspondant, le livre anglais que vous m'avez envoyé. C'est une traduction des Églogues de Théocviie en vers', et la meilleure sans contredit qu'on ait jamais faite. Ce Théocrite, à mon sens, était supérieur à Virgile en fait d'églogue.
Vous m'avez demandé trois volumes des Questions sur r Encyclopédie; il n'y en a encore que deux d'imprimés, et les trois ne paraîtront que vers le mois de novembre. Cela ne sera pas trop bon; mais il y aura des choses fort curieuses.
Vous m'aviez promis une estampe de M. le duc de Choiseul; vous l'avez oubliée.
Je n'ai point oublié les anecdotes russes, et je tâcherai de vous en faire tirer un bon purti incessamment.
Ne croyez point vos Marseillais sur les Russes d'aujourd'hui; ils craignent si fort de perdre leurs mar-
* De Fowkes, précédée d'une dissertation sur la poésie pastorale.
574 SOPPLÉMEÎtT (lîtO).
chandisesdans la Morée, que le moindre petit atantage des Turcs leur paraît une bataille de Pbarsale. Jctous réponds que Catherine fera repentir Moustapha de s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas.
Il est bon qu'on traite Fréron de Tufc à Maure; mais c'est la honte de notre siècle de mettre un Fréron en état de payer le Journal des Savants et de faire des pensions aux gens de lettres. Quoi ! donner à un coquin le privilège de médire, pour payer des hommes qui écrivent sagement! c'est là le comble de Tigno* minie.
Est-ce que vous ne pourriez point savoir quel est Fauteur des -^n^crfo^^s '? M. Dorât m'a écrit que j'en étais accusé ; c'est une absurdité égale à l'infamie de Fréron.
Voulez-vous bien avoir la bonté, mon cher correspondant, de faire mettre à la poste ma lettre pour l'Angleterre, et de faire parvenir à M. Gaillard celle qui est pour lui?
AU BIÊMË.
84 octobre»
J'adressai par la dernière poste h mon cher philosophe correspondant un petit paquet pour le graveur de Henri IV, de Louis XIV et de leur barbouilleur. Voici maintenant deux paquets, l'un pour M. Caperonier, et l'autre pour un physicien qui n'est point du tout de l'avis de M. de BufTon sur les coquilles et sur les montagnes. J'ai pris aussi la liberté de demander la feuille de Y Ane littéraire, où une certaine édition est annoncée. J'ai poussé l'indiscrétion jusqu'à demander
* V. Œuv, comp., U XL.
encore les MémoiresdeRmiie^ par le général Manstein. C*est lin peu abuser de vos bontés; mais puisque je suis en train, j'insiste pour savoir s'il est vrai qu'on a arrêté M. Dupaty, l'avocat général de Bordeaux; je m'y intéresse infiniment.
J'ai lu enfin les Canaux et les lettres de M, Linguel. Cet homme est intrépide; il traite Cicéron comme le dernier des hommes, et n'est en rien de l'avis de personne. Paris a donc aussi son Jean- Jacques ; mais puisqu'il n'est que Parisien, il n'aura jamais autant de vogue à Paris qu'un étranger.
Je vous ai envoyé aussi un reçu de Chirol. Voilà tout. Le pauvre malade vous embrasse de tout son cœur.
AU MÊME
10 noTerobre.
Mon cher correspondant, voulez-vous bien ajouter à vos faveurs celle de me dire quel est l'homme de Toulouse qui protège La fieaumelle? Comptez que je n'abuserai pas de votre confidence.
Les Mémoires de Manstein ont été imprimés en pays étranger, mais je ne sais où. Je les avais vus autrefois; je les avais même corrigés : ils étaient fort vrais et assez curieux. Les mémoires de Catherine le seront bien davantage. Je ne désespère pas qu'au printemps prochain elle ne soit dansConstantinople. On confirme que Moustapha a perdu l'Egypte : il est bon qu'un peuple ennemi des arts soit enfiu chassé de l'Europe.
Voulez-vous bien avoir la bonté de faire rendre cette lettre à M. Saurin?
AU MÊME
31 décembre 1770.
J*einbrasse M. Tabareau tendrement et douloureusement; nous avons fait tous les deux la plus grande perte que nous pussions faire \ Je ne sais pas si on a nommé de nouveaux ministres. Je ne sais rien; je prie M. Yasselier de m*instruire. Sa dernière lettre est charmante. — Voici un mémoire que les esclaves de Saint-Claude, en Franche-Comté, envoient à leur avocat au Conseil pour tâcher de jouir du droit de Inhumanité ; et comme vous êtes Thomme le plus humain, je me flatte que vous voudrez bien faire parvenir le paquet à sa destination.
Vous me feriez un très-grand plaisir de m'apprendre quel est le protecteur de Thomme en question dont vous m*envoyez la feuille. On pourrait très-aisément ouvrir les yeux au protecteur, et obtenir sa faveur en lui faisant connaître la vérité. Mille remerctments. V.
AU MÊME
▲ Ferney, 31 mars 1771.
Je suis entièrement aux ordres de M^ Tabareau, et dès que j*aurai reçu ce beau portrait, je me conformerai à ses intentions.
Il est vrai que je persiste dans Tadmiration et la reconnaissance que tout Français doit avoir pour le roi, qui délivre tant de provinces de l'affreuse nécessité d*aller se ruiner en procès à Paris ; mais je suis indigné contre les librairesde Lyonqui s'avisent de mettre,sous le nom de Genève, des choses dont tous les citoyens de Lyon devraient s'honorer.
> Les ducs de Choiseul et de Praslln étaient disgradèi.
Voulez-\ous bien, monsieur, avoir la bonté de faire parvenir ce petit mot d*écrit au sieur Rosset, libraire?
P. S. Je croyais, monsieur, vous avoir présenté ces chiffons de médailles il y a longtemps; je me suis bien trompé. Souffrez que j'aie l'honneur devons présenter les deux qui me restent, Tune à vous, monsieur, l'autre à M. Vasselier.
Je m'étais toujours bien douté que le grand conseil deviendrait parlement et que le roi serait le maître. M. le chancelier me comble de bontés qui exigent toute ma reconnaissance ; je n*en ai pas moins pour toutes les marques d'amitié que vous et M. Vasselier me donnez continuellement.
AU MÊME
4 mai.
Je me souviens bien, monsieur, qu*un Espagnol qui passa à Ferney, il y a quelques mois, me dit qu'il m'enverrait quelques livres espagnols assez curieux. Il me les envoie par la voie de Marseille; mais je ne les crois point curieux du tout. Je crois qu'il n'y a de curieux en Espagne que Don Quichotte. Le négociant de Marseille peut en toute sûreté de conscience envoyer ces rogatons; il doit savoir qu'on n'imprime rien dans ce pays-là qu'avec l'approbation du Saint-Office, et je serais bien fâché de lire un ouvrage qui ne serait pas muni de ce sceau respectable.
Je vous remercie de toutes vos bontés. M. Sherer payera ce qu'il faudra. Votre bibliothécaire vous est bien tendrement attaché, et compte incessamment vou^