‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 94 sur 405 · A M. GABLI S · texte numérisé non relu

A M. GABLI S

A rimoNB.

3 jan^r i76f>.

Monsieur, la lecture de votre tragédie m*a fait oublier les fluxions dont mes yeux sont accablés. J*ai éprouvé que le meilleur des médecins est le plaisir. La vivacité de l'intrigue m'a attaché depuis le premier vers jusqu'au dernier. Je ne sais pas assez quel est le goût de votre nation pour vous dire à quel point vous devez lui plaire ; je ne puis vous répondre que de moi. Agréez avec bonté mes remerciements et mon estime. Permettez que je fasse ici les plus tendres compliments à M. Albergati, votre ami. Le triste état où je suis ne me permet pas d'écrire plusieurs lettres.

J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que vous méritez, monsieur, votre très-humble, etc.

ei4. — A M. LA VAYSSE DE VIDON «.

^ juitier.

J'étais, monsieur, rempli d'estime pour feu M. votre

1 Alexandre Carli, auteur d'une tragédie inUtulée Telano ed Erme^ IMa.

* Qui avait été impliqué dans raffaire Calas.

DE VOLTAIRE (1769). i6l

père ; je sais qu'il était aussi sage que Yertueux. J'au* rais voulu en pouvoir dire autant de votre beau-frère La Beaumelle. La raison fait beaucoup plus de progrès que vous ne pensez ; voici ce qu*un homme constitué en dignité m'écrit de Toulouse : « Vous ne sauriez « croire combien augmente dans cette ville le zèle des « gens de bien et leur amour et leur respect pour...'. « Quant au parlemente! à Tordre des avocats, presque « tous ceux qui sont au-dessons de trente^^inq ans, « sont pleins de zèle et de lumières, et il ne manque « pas de gens instruits parmi les personnes de condi- « tion... Il est vrai qu'il s'y trouve plus qu'ailleurs « des hommes durs et opiniâtres, incapables de se « prêter un seul moment à la raison; mais leur K nombre diminue chaque jour; et non-seulement « toute la jeunesse du parlement, mais une grande u partie du centre et plusieurs hommes de la tète vous « sont entièrement dévoués. Vous ne sauriez croire « combien tout a changé depuis la malheureuse aven- « ture de l'innocent Calas. On va jusqu'à se reprocher <c l'arrêt contre M. Rochette^ et les trois gentils- « hommes : on regarde le premier comme injuste, et « le second comme trop sévère. »

Montrez, monsieur, ce petit extrait à madame Calas et à madame Du Voisin ^ et ayez la bonté de leur faire mes plus tendres compliments.

Je ne mangerai pas des fruits de l'arbre de la tolé-

' Le mot laissé en blanc est sans doute Voltaire.

* Prédicant, pendu à Toulouse en 1763 pour cause de religion.

' Parente des Sir ven.

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